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OEUVRES
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DE
WÀIaf lE S€OTT
TRADUCTION
DE .
DEFAUCONPRET,
AVEC
LES PRÉFACÉS, INTRODUCTIONS, ET NOTES,
DE LA DERNIÈRE ÉDITION D^ÉDIMBOCRO,
WAVERLEY.
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f ORNE, GHARIES GOSSÎLIN. ET PERROTIN.
183S.
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ŒUVRES
DE
^WALTER SCOTT.
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IMPRIMERIE DE D. FOURNIER , im 01 iiiiii, R. i4-
WASLiriïisi geœiPT.
OEUVRES
DE
WALTER SCOTT
TRADUITES
PAR A. J. B. DEFAUCONPRET
ATBC LES INTEODUCTIONfi ET LES NO|BS JXOITVBÛLBS
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TOME PREMIER.
PREFACE GENERALE.
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EDITEURS.
M DCCC XXXV.
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PAR A. J. B. DEFAUCONPftET
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TOME PREMIER.
PREFACE GENERALE,
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FURNE, CHARLES GOSSEUN, PERROTIN,
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SA TRES GRACIEUSE MAJESTE
GEORGES IV,
ROI D'ANGLETERRE.
SlKE,
L'auteur de cette collection de romans n'aurait pas osé solliciter pour eux le patronage auguste de Votre Majesté ^ s'il ne lui avait été permis de supposer que la lecture de ces ouvrages a quelquefois réussi à amuser quelques heures de loisir, ou à charmer quelques heures d'ennui y de peine et d'inquiétude;, et qu'ils doivent par conséquent avoir, quoique faiblement, contenté le désir le plus ardent de Votre Majesté, en contribuant au bonheur de son peuple.
Ils sont donc humblement dédiés à Votre Majesté, d'après sa gracieuse permission, par.
De Vôtre Majetté,
. le dévoué sujet
WAITER SCOTT.
Abbotsford, i*' janvier 1819,
AVERTISSEMENT
DE lA Î^OUVËLLE ÉDinOîf DTÉDIMBOURO.
L'Aimni d6 WaVaut s'oeo^U pur inter?«ll«9, dii|Hiii j^loêieuis annéesj de revoir et de corriger la Tolumioeiiif série des romane publiés sous ce nom* U voulait^ si jamais il devait les &ire paraître en les avouanti les rendre plus digpes de la faveur dont le public les avait toujours honorés depuip leur premiàre publication* Toutefois^ il avait long-temps pensé «pe cette nouvelle édition serait une publication posthume ; mais les circonstances qui ont amené la découverte du nom véritable de l'anteur lui ont rendu le droit d'une sorte de con- iWMe paternel sur ses ouvrages^ et il éprouve le désir bien na- turel de les imprimer corrigés, et il Tespère du moins, cor- rigés heureusement, s'il lui reste as^z de santéet de vie poiu: j oonsacrer ses soins. Ayant donc formé cedessein, il juge néces- sairede dire quelques mots sur le planqu'ilse proposede suivre.
L'annonce d'une édition tév^e et corrigit ne doit pas faire supposer que l'auteur prétende dianger les f^itsdes romans, le tsaraetère des acteurs, ou l'esprit du diaIog^e. Il y aurait sans doute beaucoup à faire sous tous ces raiforts, -. — mais là où l'arbre tombe, il faut qu'il reste. Tous les efforts d'an auteur pour répondre à là critique, même la plus juste, en reft>ndànt un ouvrage qui est déjà dans les mains du pu- blic, sont en général asses malheureux. Jusque dans la fiction la plus improbable, le lecteur aime à trouver quel<pae air de vraUemilmue, et il ne voit pas avec plai|ir que les incidens d'mi conte qui lui est familier soient altérés pour satisfaire le goût des jcritîques ou le capriee de l'auteur lui-même. Ce sen- timent est si naturd qu'on peut le remarquer mâme chez les enfims c baUuiés au conte dont leur nourrice les a bercés, ils nepeavent souf&ir qu'il leur jsoit i^péfé d'une manière diffiî- i^nte du premier récit.
4 ATlRTISSKlfBNT
Mais sans altérer en rien le fond ou la forme de ses sujets^ rautew il saisi cette ooeaston de corrig;er les .erreurs de la presse et ses propres lapsus calami. On ne doit pas être surpris qu'il en existe^ si Ton veut bien considérer que les éditeurs ont trouvé leur intérêt à multiplier les premières éditions de ces divers romans avec une précipitation qui ne permettait pas à Fauteur de les revoir. Il espère que cette nouvelle édi- tion sera purgée de ces erreurs accidentelles. L'auteur a tetité aussi quelques corrections d'une nature différente^ qui^ sans s'écarter assez du plan original pour troubler les idées fami- lières du lecteur, ajouteront peut-être à Teffet du dialogue, du récit ou de la description. Ici, il. a éjagué des phrases pa- rasites et redondantes, il a donné plus de concision à un pas- sage trop diffîis; là, il a rendu plus nerveux le style'qui lan- guissait, il a remplacé une épithète un peu forcée par une autre plus juste;, enfin, il a voulu, comme l'artiste , jeter sur son tableau les dernières touches qui achèvent de lui don- ner la vie, sans qu'un œil expérimenté puisse à peine décou- vrir en quoi elles consistent. '
La préface générale de la nouvelle édition, et les notices préliminaires de chacun des romans, rappelleront les circon- stances attachées à leur première publication, qui paraîtront avoir quelque intérêt en elles-mêmes, ou mériter d'être comr muniquées au public. L'auteur se propose aussi de publier à cette occasion les diverses légendes, les traditions de famille, ou les faits historiques d'une antiquité obscure qui lui ont fourni la base de ses sujets ; il y joindra l'indication du lieu de la scène, quand ce lieu est en tout ou en partie réel, et le récit d'incidens fondés en fait; enfin cette édition contiendra un glossaire plus étendu et des notes pour expliquer les an- ciennes coutumes et les superstitionis populaires auxquelles il est fait allusion.
En résumé, on espère qurfes romans de l'auteur de Waver- LEY, sous leur nouvelle forme, ne perdront rien aux yeux du public de l'attrait qu'il a bien voulu leur trouver, pour avoir été relus et commentés par lui avec soin,
' Abbotiford, x8a9.
PRÉFACE GÉNÉRALE.
Me faut'il donc dévoiler met folie» f SBAKiriAii. Bkhardiij «et* nr.
L'Auteur de 'ces romans, dont là Collection paraît anjonrd'hui pour la première fois sous son nom, avec des notes et des commentaires, a bien senti qu'une introduction, destinée à donner quelques détails sur ces ouvrages, lui imposait la tâche délicate de parler de lui et de ses afGûres personnelles plus qu'il ne serait peut-être convenable ou prudent de le faire. En se présentant ainsi au public , il peut craindre de ressembler à la femme muette du Recueil des hons mois , dont le mari, après avoir dépensé la moitié de sa fortune pour obtenir la gnérison dé son infirmité, aurait volontiers donné l'autre inoitié pour la lui rendre. Mais c'est mi risqne inséparable delà tâche qae l'auteur a entre{Hrise, et tout ce qu'il peut promettre, c'est d'être aussi peu égoiiste que sa situation le lui permettra. On le soupçonnera peut-être assez peu disposé à tenir parole, en voyant qu'après s'être introduit à la troisième personne du singulier, il l'abandonne dès le second paragraphe pour se servir de la première; mais la modestie apparente de l'emploi de la troiâème personne ne lui semble pas compenser suffisamment l'inconvénient qu'il entraîne inévi- tablement au bout de quelques pages , c^est-à-dire la laideur et l'aifectation qu'on retrouve , à un degré plus ou moins sensible , dans tous les ouvrages
«
où l'auteur parle à la troisième personne, depuis les Commentaires de César jusqu'à Y Autobiographie d'Alexandre-le-^^orreeteur. -
Il me faut remonter jusqu'aux premières années de ma vie pour
retrouver mes premiers essais comme conteur; mais je crois que quelques
uns de mes camarades d'école peuvent encore attester que j'avais de
bonne heure une réputation dans ce genre de talent. C'était alors leur
suffrage qui dédommageait le futur romancier des reproches et des
punitions qu'il s'attirait , en négligeant , pour des distractions fHvoles , les
études plus utiles , qu'il faisait au^i négliger aux autres. Le principal
amusement de mes récréations était de m'échapper avec un ami de mon
âge, et qui avait les mêmes goûts que moi, pour nous raconter l'un à
l'autre toutes les aventures que nous pourrions imaginer. Nous faisions
6 riiiF4CB
ainsi, diacan à notre tour, d'interminables contes de cheralerie, de batailles et d'enchantemens, que nous continuions à la première occasion, sans jamais penser à les conclure. Comme nous observions un secret inviolable sur le sujet de ces entretiens , ils avaient tout le charme d'un plaisir cacli4* Nous dioisissiops ordinairement pour ces longues prome- nades leswiviPQitf «oUtldres d'Artbur's-Seat, de Salisbury-Crags et de Braid-Hills , et autres endroits semblables dans le voisinage d'Edimbourg ; et le souvenir de ces heureuses récréations forme encore une sorte d'Oasis dans le pèlerinage de inn vm passée* Xj^euterai que mon ami vit encore, dan» an étet de fortune élevé, mais trop occupé de ses graves fonctions pour me rememer » si je le désignais plus clahrement comme le confident de ee mystère de nos jeunes années^
A l'époque ou la jeunesse » succédant 4 l'^faince , demandait des études |dus sérieuses et des ^oins plus graves, une longue maladie me rappela dans le royaume des fictions comme par une sorte de fatalité. Je m'étais nmipq nn vaineau dans la poitiine, ce qui causa, du moins en partie, mon indisposition I et le repos le phis absolu, et' le silence, me furent sévèrement présents» Je restai au lit plusieurs semaines .condamné à dire à pêne quelques mots à voix basse, à ne manger qu'une ou deux cttillerées de ria bouilli , et à n'evoir pour couverture qu'une légère courte- peinte. Quand le lecteur saura que j'étais alors dans m^ quinzième année , daos la force de la croissance, que j'avais toute l'ardeur, l'appétit et rimpatienee de cet Age , et que par conséquent je souffrais cruellement de ee régime rigoureux , que des rechutes répétées rendaient indispensable, il ne sera pas surfiris qu'on n'ait mis aucune restriction à mes lectures, seul amusement qui me fât permhl, et encore moins que j'aie abusé de cette ftidKté de disposer à mon gré de tout mon temps.
Il y avaitaloi^àSdimfoourgnn cabinet delecture, fondé, je crois, parle eélèbreAllanRamsay *; ce cabinet, qui contenait uneeoUectionnombreuse de livres de toute espèce, était surtout » comme on devait s'y attendre, très riobe en romans, Il s'y en trouvait de toute espèce, depuis les romans de chevalerie et les lourds ini-folio de Gyrus et de Cassandre, jusqu'aux ouvrages tnoderpes les plusestimés. Je me lançai sur ce vaste océan de lecture sans boussole ni pilote; et, à moins que quelqu'un n'eût la charité de bire avec moi une partie d'échecs, il m'était permis de ne foire que
"> ■. ■
(i) AUii^ Ramtay, né en |685, mort en 1758. Ce poète, «ouventcité par Walter ScQtt dans «e» romans, était «drti du peapic, comme plat tard Robert Bitma. Il avait ëttf qael- ytà mnps ta .a)ipraitiaMg« c!h«« nu pemwiier, Qe qui 1« fati dMigner qœlfi^foif «ou» le titra et perruqmer'poèle. Il te fit depui» lioraire à Edimbourg. Son ouvra^Q le plu» conni;^ est une paatorale intitqlae: Tke gtnife skepkerd le gentil berger.
GhiMàMMê 7
liée da matin an soir. Paruao îodidgeQaamaleBteadiiepooMtre» ma» bien naturelle, on fne laissait choisir à mon gré mes sujets d'étude, comme on pasae aux enfens quelqaes caprices pour éviter un plus gran^ mal. N'ayant pa^ d'autre moyeu de satisfaire mon go^t et mes désirs, je devins en quelque sorte un glouton de livres, et je dévorai avec avidité tous les romans , les vieilles pièoes de théâtre et les poèmes de cette col- lection formidable. C'est ainsi , sans doute, que j'amassai, sans le savoir, de nom^eux matériau;^ pour les travaux qui m'ont ensqlte tellement occupé.
Cependant je n'almsai. pas sous toqs les rapports de (a licence qui m'était aceotdée. Cette lecture constante de romans auiene la satiété , et je commençai peu à peu à cliercber dans les lûstoires, le^ mémoires et les voyages, des évènemens presque aussi merveilleux que ceux qui sont le produit de l'imagination , et ayant en outra le mérite d'être, du moins en grande partie, conformes à la véri0* Après deux ans que je pa3sai ainsi, abandonné à ma seule discrétion, j'allai habiter quelque temps la campagne, où j'aprais encore été bien seul sans le secours jd'une vieille iHbUothèquede famille, mais bien meublée. Je ne puis mieux comparer mes irrégulières et frivoles éiuies de cette époque qu'à celles de Waverley (iaos une situation semblable. C'est avec mes propres souvenirs que j'ai tracé CQ passage du roman i. Je me bâte de dire que l'analogie entre le héros et moi ne s'étend pas plus loin.
J'eus enfin, avec le temps, le bonheur de retrouver la santé, et même ua degré de force que je n'avais jamais espéré. Les études sévères qu'exigeait la profession à laquelle je me destinais oecnpèrent alors la plu3 grandjB partie de mon temps, et j'en consacrais les intervalle^, avec quelques amis qui entraient comme moi dans le monde , aux amusemens ordinaires de la jeunesse. J'étais dans une situation qui rendait indispen- sable un travail sérieux; car, si je ne possédais aucun de ces avantages particuliers qui peuvent faire espérer un avancement rapide dans le barreau, je ne voyais pas non plus devant moi d'obstacle extraordinaire qui dût arrêter ma niarche : je devais donc raisomiablement m'attendre à réussir suivant le plus ou le moins de peine que je prendrais pour me distinguer conune avocat.
U serait étranger au but de cette introduction de raconter en détail comment le succès de quelques ballades a eut pour effet de changer les projets et le cours de ma vie, et de me faire quiter le culte de Thémîs,
(i) Chapitre III du premier yolagae.
(a) Glenfinlas, le château dt Cadjtxv^ la Veille de la Saint » Jean , c/c, Ces ballades publie'es separcment furent aussi rc'unies aux ballades dcotsaises en trois voluraet , squs le tilre de Borders minstrelsjr^ etc.
8 IPUÎPÀGE
qae j'avais embrassé depuis quelques années^ pour me vouer à œlui des Muses. Qu'il me suffise de dire que j'étais entré depuis pinceurs années dans cette nouvelle carrière, avant que je songeasse sérieusement à essayer quelque ouvrage d'imagination en prose; déjà toutefois deux ou trois de mes essais poétiques pouvaient passer pour des romans en vers. Cependant dès cette époque (hélas ! il y a trente ans) ; j'avais conçu l'idée ambitieuse de composer un roman de chevalerie, sur le modèle du Chdieau d'iHrantc i , où je voulais placer des héros du.pays frontière entre l'Angleterre et l'Ecosse, avec des inddens surnaturels. J'ai retrouvé, par hasard, au milieu de vieux papiers, un diapitre de cet ouvrage projeté, et je le donne parmi les appendices de cette nouvelle édition , Sous le n^ I a , pendant qu'il pourra paraître eurieux à quelques lecteurs , comme le premier essai de composition romantique d'un auteur qui, depuis, a tant écrit dans ce genre. Et, à cette occasion, ceux qui se plaignent, non sans raison, du nombre multiplié des romans qui ont suivi Waverley , peuvent remercier leur étoile d'avoir échappé à un danger imminent : car cette inondation , qui n'a eu lien que quinze ans plus tard, les avait menacés dès la première année du siècle.
Quoique je n'aie jamais repris ce sujet, je n'abandonnai pas l'idéede faire un roman en prose; mais je résolus de choisir un autre genre. La descrip- tion des paysages pittoresques et des lûœurs locales des Highlauds 3 , due à mes jeunes souvenirs, contribua surtout au succès de la Dame du Lacj et cet accueil favorable m'inspii^a le projet de reproduire en prose, quel- ques essais du même genre. J'avais beaucoup parcouru les Highlandsdans un temps où ces montagnes étaient j)ien moins accessibles et moins visitées qu'aujourd'hui. Je connaissais plusieurs de ces vieux combattans de 47^5, qui, comme la plupart des vétérans, aimaient à recommencer leurs batailles en récit, lorsqu'ils trouvaient un auditeur attentif comme moi. Je pensai naturellement que les anciennes traditions et le courage d'un peuple qui, dans un pays de haute civilisation, conser^^ait encore une si vive empreinte des mœurs antiques, devaient offrir un sujet favorable au romancier, s'il n'avait pas la maladresse de le gâter en le traitant. Ce fut avec ces idées que j'écrivis en 4805 à peu près un tiers du premier volume de Waverley. L'ouvrage fut annoncé, comme devant être publié par feu M. John Ballantyne, libraire à Edûnbourg, sous le titre de Waverley ou II y a cinquante ans (que j'ai remplacé depuis
(i) D'Horace Walpols. Voyez la Biographie des romanciers*
(a) Le lecteur trouvera les appeDdices à la fin de ce volume.
(3) On appelle aioM les montagne» d'£co»ie, ce mot signifiant i hautesHerres, ■
parn^a soixatUe ans, poor faire correspondre plus exactenoent la date de la pablicaUon avec Fépoqae des scèoes racontées). Jen étais Je crois, an septième chapitre, lorsque je montrai mon ouvraf^ à on critique de mes amis, doat l'opinion n'y fut pas favorable. J'avais alors une certaine réputation comme poète, et je ne voulais pas risquer de la perdre en essayant on nouveau ^enre de compositionj je mis donc de côté l'ouvrage que j'avais commencé, sans remontrance et sans regret. Je dois ajouter que si l'arrêt porté par mon ami a depuis été cassé par le public, auquel j'en ai appelé, on ne saurait en accuser son bon goû(; car, dans l'essai sounnsà sa critique, j'en étais resté au départ de mon héros pour
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VScosse, et, par conséquent, je n'avais pas encore entamé cette partie du roman qui a excité le plus d'intérêt.
Quoi qu'il en soit, j^enfermai alors mon manuscrit dans le tiroir d'un vieax pupitre, qui, lorsque j'allai pour la première fois habiter Abbots- ford en I8H , fut relégué et entièrement oublié dans un grenier. Je songeais bien quelquefois, au milieu d'autres travaux littéraires, à conti- nuer mon roman; mais ne pouvant retrouver ce que j'en avais déjà écrit , après l'avoir vainement cherché dans les meubles, qui étaient sous ma main, j'avais la paresse de ne pas le récrire de mémoire , et je pensai à toute autre chose.
Deux circonstances, entre antres, me rappelèrent mon manuscrit perdu. La première fut la réputation bien méritée de miss Edgeworth, dont les romans irlandais ont beaucoup contribué à faire connaître aux Anglais le caractère aimable et le bon cœur de leurs voisins d'Irlande, de sorte qu'on peut dire avec vérité, qu'elle a plus fait peut être pour l'Union, que tous les actes légîslati£s qui en ont été la suite. Sans avoir la présomption d'égaler l'humour^ le pathétique et le tact admirable qui distinguent les ouvrages dé mon amie, je compris qu'on pouvait faire pour l'Ecosse quelque chose de ce que miss Ëdgewortli avait si heureu- sement fait pour l'Irlande, quelque chose qui pàt présenter mes compa- triotes à leurs concitoyens d'Angleterre plus favorablement qu'ils n'avaient jusqu'ici paru à leurs yeux, et contri])uer à fak-e apprécier leurs vertus, comme à inspirer quelque indulgence pour leurs faiblesses. Je pensai aussi que ce qui me manquait en talent pouvait être suppléé par ma connaissance hitime du sujet; car j'avais parcouru presque toute TEcosse, HighlandsetLowlands 1, fréquentant librement depuis mon enfance les vieillards et les jeunes gens de toutes les classes, depuis le
(i) Ce dernier mol Ngnifieiet plaises ou bMte» terres, '
10 PRiiFACE
pair jusqu'au laboureur. Ces idées me revenaient sans cesse à FesprHs tel était le but principal de mon ambition dans la théorie que je m'étais faite, quelque loin que j'aie pu en rester dans la pratique.
Pendant que les triomphes de miss Edgeworth stimulaient mon émula- tion, et me reprochaient mon indolence, le hasard me fit entreprendre un travail d'essai qui me lit espérer que je pourrais, à mon tour, prendre rang, avec quelques succès, parmi les romanciers.
En ^807— 8 , je devins, à la sollicitation du libraire John Murray , d'Al- bemarle Street, l'éditeur de quelques œuvres posUiumes de M. Joseph Strutt I , doublement fameux comme artiste et comme antiquaire. Parmi ces manuscrits était un roman non terminé intitulé : Queen Hoo-HaU, destiné à peindre les mœurs, les usages et le langage du règne de Henri VI. M. Strutt s'était parfaitement familiarisé avec son sujet en compilant son laborieux ouvrage de Horda Angel Cynnan , ses Antiquités royales et ecclésiastiques , et son Essai sur les jeux et passe-temps du peuple anfflais.H avait donc, comiîie antiquaire, acquis plus de connais- sances et amassé plus de matériaux qu'il n'en fallait pour sa composition projetée; et quoique son manuscrit portât les marques de la précipitation et du défaut de liaison inséparables d'un premier jet, l'auteur y avait fSaiit preuve, à mon avis, d'une imagination vive et puissante.
Ce roman n'était pas fini, et je crus devoir comme éditeur, y ajouter un dénoûment rapide et simple, tel que pouvait le comporter le plan qu'avait tracé M. Strutt. Je donne encore ce dénoûment dans les appen- dices (voir appendice n® 2), pour la même raison qui m'a fait offrir au lecteur le précédent fragment. C'était pour moi un nouveau pas vers les compositions romantiques; et l'objet dé cette introduction est en grande partie d'en conserver les traces. Queen-Hoo-Hall ne reçut pas toutefois un accueil très favorable. Je crus en deviner la raison , et je pensai que notre savant auteur, en donnant à son style une teinte trop prononcée du vieux temps, et en déployant avec trop de complaisance ses connaissances d'antiquaire, avait créé lui-même un obstacle à son succès. Un ouvrage destiné seulement à amuser doit être écrit dans un style facile, intelligible; si, comme il arrive quelquefois dans Queen-Hoo-Uall, l'auteur s'adresse exclusivement à l'antiquaire, il s'expose à recevoir de la généralité de ses lecteurs le reproche que Mungo », dans le Cadenas, fait à la musique
(i) Graveur el auUquaire aé à Sprien^field , dans le comte d'Eseex , en ij^St^^^ en i8oa.
(a) Mungo eftt un nègre dans celte espèce A*opèra comique par Isaac Bickerslaffet. dont le sujet est emprunté à V Epoux Jalouje, ikniv^Uc de Cervantes. 1^ Cadtnas est traduit dans les Chefs-d'œuvre des théâtres étrangers.
niAiirittiikiiiie s «^ A quoi me sert-fl d'entendre^ si je ne eempiends
pas?»
Je cras possible d^évlter cette erreur, et, en mettant nh onvrage de ce genre plus à la portée de Tintelligence générale y d'échapper à Técueil qui avait causé le naufrage de mon prédécesseur. Mais, d'an autre côté, Taccneil assez froid Mt an roman de M. Stnitt me détrompa sur l'intérêt que j'avais supposé aux mœurs du moyen âge, et me fit penser qu'un roman fbndé sur un sujet écossais, et sur des évènemens plus modernes aurait une meilleure chance de succès qu'un conte de chevalerie. Mes idées furent donc encore une fois ramenées vers le roman que j'avais commencé , et le hasard me rendit enfin mes feuilles égarées.
Teus besoin, pour un de mes hôtes , de quelques ustensiles de pêche, et je me rappelai alors le vieux pupitre dont j'ai parlé , qui me servait liabituellement à serrer ces objets. Je le découvris, non sans peine, dans mon grenier, et, au milieu des lignes et des amorces que je cherchais, je retrouvai mon manuscrit perdu depuis long-temps. Je me mis immédia- tement à l'ouvrage pour le finir sur le plan original, qui ne méritait guère, je dois l'avouer ici franchement, le succès qu'obtint le roman. Je ne puis même pas me donner le mérite d'avoir tracé aucun plan de l'ou- vrage, tant je mis peu de soin à en composer Tensemblé. Les aventuresde Waverley dans sçs excursions avec le Cateran montagnard Beau tean ne sont pas conduites avec beaucoup d'art; mais j'avais seulement cherché un cadre pour introduire quelques descriptions de paysages et de mœurs , auxquelles l'exactitude et la réalité prêtèrent un intérêt que les talens de Fauteur n'auraient pu leur donner seuls. Et quoiqu'on ait pu dans mes autres romans m'accnser quelquefois d'être sujet à caution, je ne m'en rappelle aucun où j'ai tant abusé de cette licence que dans le premier.
Entre autres bruits dénués de fondement qui ont couru au sujet de ces ouvrages, on a dit que le manuscrit de Waverley avait été offert à un prix très l)as à plusieurs libraires de Londres, pendant qu'il était sous presse. Il n'en est rien. MM. Constable et Cadeîl , qui ont publié l'ouvrage , en ont seuls pris connaissance , et, pendant l'impression, ils offrirent à Fauteur une somme considérable, qu'il refusa parce qu'il ne voulait pas se défaire de son manuscrit.
L'introduction séparée, mise en tête de Waverley dans cette édition, révèle la source quiin'a fourni le sujet, et les faits particuliers sur lesquels U est fondé ; je n'ai pas à m'en occuper ici.
WaverUy fut pu})iié en 1814 , sans nom d'auteur , et l'ouvrage fut ainsi
1 2 pKÈekCM
abandonné à son propre sort pour Mre son chemin dans le monde, sans aucune des recommandations ordinaires. Son succès fut d'abord assez lent; mais, au bout des deux ou ti'ois premiers mois, il s'accrut à un d^équi aurait surpassé l'attente de l'auteur , lors même qu'il se serait flatté de bien plus d'e$poir qu'il n'en eut jamais.
On se donna beaucoup de mouvement pour apprendre le nom de l'auteur; mais on ne put obtenir sur ce point aucune information certaine. Je vais expliquer ici le motif qui me fit, dans l'cn^ne, désirer de garder l'anonyme. Je sentais. que je faisais sur le goût du public une expérience qui pouvait très probablement ne pas réussir, et je ne voulais pas prendre sur moi le risque personnel d'une chute ^ ije m'entourai doilc de précau- tions pour assurer mon secret. C'était M. James Ballantyne, mon ancien ami et camarade d'école, qui imprimait mes romans ; il s'était chargé de correspondre exclusivement avec moi, et je profitai ainsi en même temps de son habileté dans sa profession et de ses talens comme critique. Le manuscrit original ou, comme on rappelle en termes techniques, « la copie» se transcrivait sous ses yeux par des personnes de confiance; et, quoique, pendant les nombreuses années que durèrent ces précautions, on ait été obligé d'employer des copistes différens, aucun n'a jamais trahi le secret. On tirait constamment une double épreuve. L'une m'était adressée par M. Ballantyne; je la lui renvoyais avec mes corrections, qu'il transcrivait lui-même sur l'autre pour les imprimeurs, et les feuilles que j'avais corrigées n'entraient jamais dans l'atelier. Je mis.en défaut par ce moyen la curiosité de ceux qui pouvaient pousser leurs recherches jusqu'aux détails les plus minutieux.
Ma raison pour vouloir d'abord rester inconnu quand l'accueil réservé à Yfaver/et^ était .douteux, paraîtra, je pense, assez naturelle; mais on pourra trouver plus difficile d'expliquer l'obstination de mon incognito, lorsque les éditions qui se succédèrent rapidement au nombre de onze à douze mille exemplaires, eurent prouve le succès de l'ouvrage. Je re- grette de ne pouvoir donner de réponse satisfaisante sur ce point. J'ai déjà dit dans l'introduction des Chroniques de la Canongate, que je n'avais guère de meiiïeures raisons à alléguer que celle de Shylock : « Tel était mon caprice du moment. » Peut-être voudra-t-on bien observer toutefois que le désir de faire parler de soi dans le monde, ce premier besoin d'aspirer à une réputation personnelle, n'agissait plus sur moi. J'avais déjà assez de renommée littéraire, méritée ou non, pour contenter un esprit plus ambitieux que le mien, et, sans cette nouvelle lutte, le danger de perdre ce que j'avais acquis pouvait l'emporter sur la chance
de gagner âaranlage. Je ifétaû pas non plus pon«é par ancon de ces motib qai, à une époque moins aTanoée de la vie, auraient sans doute en de rinflaenoe sur moi. Mes liaisons d'amitié étaient formées , ~ ma place dans la société était fixée,— j'ayais atteint la moitié demacoorse; nM>n rang dans le monde, sopérienr peut-être à mon mérite, était cer- tainement égal à mes désirs; et les pins brillans succès littéraires ne pouvaient pins guère apporter de changement ou d'amélioration dans ma
r
positîon'personnelle.
Je n'étais donc pas excité par Tanibition, aiguillon ordinaire en pareOIe occasion : j'espère cependant qn*on ne m'accusera pas d'une Goiquible ingratitude ou d'une indifférence déplacée envers le public qui nf honorait de son indulgence. Ma reconnaissance pour la faveur publique n'était pas moinâre , parce que je ne la proclamais pas ; —comme l'amant qoi porte dans son sein le gage qu'il a obtenu de sa maîtresse, en est aussi fier, quoiqu'il s'en montre moins vain, que celui qui déploie à tous les yenx une pareille marque de foveur. Loin d'être jamais tombé dans cette apatlde, j'ai rarement éprouvé une satisfaction plus vive que, lorsque, à n)on rétoar d'un voyage de plaisir, je trouvai Waverley dans l'éclat de la popularité, et la curiosité publique en pleine actirité pour découvrir le nom de l'auteur. La douce assurance que j'avais de l'approbation générale ressemUait à la propriété d'un trésor caché, qui n'est pas moins précieux pour son maître, que si le inonde entier l'en savait possesseur. Je trouvais im antre avantage dans le secret que je gardais. Je pouvais paraître sur la scène, on m'en retirer à mon gré, sans attirer sur moi l'attention autre- moit que par des conjectures. D'ailleurs, comme auteur connu dans une autre branche de littérature, j'aurais pu, en attachant mon nom à ces romans être accusé d'abuser trop souvent de la patience des lecteure ; mais Tanteur de Waiterley était, sous ce nqiport) aussi invulnérable aux traits de la critique, que l'ombre d^Hamlet aux coups du partisan de MarceUns. Sans doute la curiosité du public, stimulée par l'existence d'un secret, et ranimée par les discussions que ce sujet excitait de temps en temps, a beaucoup contribué à maintenir un intérêt soutenu en faveur de ces publications fréquentes. Chaque nouveau roman , quoique inférieur peat-être aux précédons sous d'autres rapports, semblait pouvoir offrir quelque moyen de déchirer les vblles du mystère dont l'auteur s'enve- loppait.
Me soupçonnera-t-on d'affectation, si je compte parmi les motife de mon silence nu désir secret d'éviter dès discussions personnelles sur mes travaux littéraires? Best toujours dangereux pour un auteur de se trouver
1 # wnifkQU
8an9 œwe an milieu de ceux qui font da ses ^ts ua sujet fj^^^pient et ordinaire de conversation ^ et dont le jugement est iiéoes^airemwt partial quand il s'agit d'ouvrages composés dans leur pro|u:e cerde. L'habitude qu'il acquiert de se croire ainsi de l'importance ne peut que nuire beau- coup à la justesse et à la modér^on de son eq;>rit; car si la, coupe dp la flatterie ne réduit pas, comme eelle de Gircé, les hommes au niveau des brutes» elle ne peut manquer > quand on y boit avec une ardeur imprudente , de rabaisser au rang des sots l'homme le meilleur et le plus habile. Le masquç que je portais me garantissait en quelque sorte de ce danger; et mon amour-propre pouvaitainsi suivre son cours naturel^sans être accru par la partialité de mes amis ou l'adulation des flatteurs.
Si l'on me demande d'autres raisons du parti dans lequel j'ai si long^ temps persisté, je ne puis que recourir à l'explication que m'a suggérée un critique aussi bienveillant qu'ingénieux i , en répétant avec lui que l'organisation intellectuelle du romancier doit être caractérisée, pou^ employer les termes cranologiques, par un développement de la bosse du mystère! Je serais assez porté à me soupçonner quelque disposition de cette nature; car, du moment où j'ai vu la curiosité publique vivement exitée sur ce point, j ai éprouvé, à la mettre en défaut^ une satisfoction secrète dont je ne saurais guère rendre comptç , quand je considère le peu d'importance de cette petite manœuvre.
Mon désir de garder Tîncognito, comme auteur de ces romans, m'a mis plus d'une fois dans une situation assez embarassante vis-à-vis de ceux de mes amis à qui l'intimité permettait de me poser la question en termes directs. Je n'avais alors a choisir qu'entre trois partis. Il fallait ou livrer mon secret, — ou faire une réponse équivoque,— ou enfinmereaferma: dans une dénégation absolue. Livrer mon secret était un samflce que je ne croyais à,persQnn(^ le droit d'exiger de moi^ puisque j'y étais le seul intéressé; une réponse équivoque m'aurait exposé auxsoupQonshmnilians de n'être pas fâché de m'attribuer un mérite (s'il y en avait dans ces ouvrages), que je n'osais pas récla^^er hautement; ou ceux cpii auraient eu de moi une opinion plus juste auraient pris une pareille réponse pour un aveu indirect. Je me crus donc autorisé , conune un accusé en présence de ses juges, à ne pas donner mon propre témoignage pour aider à me convaincre, et à nier fermement tout ce qui ne pouvait pas être prouvé contre moi. J'avais toutefois l'habitude d'ajouter à ma dénégation que, si j'avais été l'auteur de ces ouvrages, j'aurus cru avoir le droit positif de
(i) Umn toHeber, citée» plu» bas*
protéger mon secret en refusant mon propre témoignage, qaand on le demanderait poor arriver à une découverte que je voudrais éviter.
La vérité est qae je n'ai jamais prétendu ou espéré cacher ma qualité de père de ces romans à mes amis particuliers. Les anecdotes racontées , les toamares de phrases employées et les opinions exprimées dans ces ouTrages ofiâaient nécessairement des coïncidences trop nombreuses avec laocmversatîixi halntnelle de l'auteur dans le commei'ce de la vie privée, pour laisser à aucune de mes connaissances intimes aucun doute sur ridentité de leur ami avec l'auteur de Waterlbt; et tons , je le crois, en étaient moralanent convaincus. Mais tant que je gardais moi-même le silence, leur opinion ne pouvait guèreavoir plus de poidsauxyeuxdu monde qtie celle des autres; leurs raisonnemens pouvaient être taxés de partia- lité, ou combattus par dés argumens contraires; enfin, la question était moins si je serais généralement reconnu comme Fauteur de ces romans , malgré ma dénégation, que si mon propre aveu de paternité, en me sup- posant décidé à le faire, suffirait pour me mettre en possession de ce titre.
On m'a souvent questiomié sur certains cas supposés où j'aurais été, disaiH)n, sur le point d'être découvert; mais comme je maintenais ma position avec l'aplomib d'un homme qui manie depuis trente ans les ques- tions ardues de la loi, je ne me rappelle pas ni'étre jamais laissé troubler ou confondre à ce $ujet. Dans les Conversations de lord Byron^ publiées par le capitaine Medwyn, cdui-d. raconte qu'ayant un jour demandé à mon noble et illustre ami s'il était sûr que ces romans fussent de sir Walter Scott, lord Byron lui avait répondu : « Scott s'est à peu près « avoaél'auteurde WAVEa^EV devant moi^ dans la boutique de Murray. « Je lui parlais de ce roman, 'et je regrettais que soji auteur n'en eût pas « bit remonter l'époque plus près de la révolution. — Scott, qui n'était B nullement sur ses gardes, répondit : — Oui sans doute j'aurais pu le c faire, mais.... , et il s'arrêta tout à coup. H était inutile de chercher , a revoiir sur le mot qui venait de lui échapper; il parut confus, et se « tira d'embarras par une retraite précipitée. » Je n'ai aucun souyenûr deeette seène^ et j'aurais été, je crois beaucoup plus disposé à en rire qu'àttié^rontrcs* 4e la confusion, csir je n'aurais certainement jamais eqiéré, en pareil oas, £aûre prendre le change à lord Byron. Je savais d'aiUeiHs, par. la manière dont il s'exprimait constamment à ce sujet, que son opinion était arrêtée, et que toutes mes dénégations ne lui aundentpara qu'iuie affectation ridicule. Je ne veux pas dire que cette scène n'ait pas eu lieu, mais seulement qu'il serait difficile qu'elle se fût passée exactement eonime ^e est racontée, sans me laisser quelque
1 6 priEface
souvenir positif. Dans un autre passage du même volume, le capitaine Medwyn rapporte que lord Byroii aurait attribué mon désir de ne pas m'avoiier l'auteur de Waverlet à la crainte du déplaisir que Ponvrage aurait pu causer à la famille régnante. Tout ce que je puis dire, c'est que c'eût été la dernière de mes craintes, comme la dédicace de cette nouvelle édition le prouve sullisament. Les victimes de cette malheureuse époque ont été, sous le dernier roi et sous notre gracieux monarque, honorées d'une noble pitié et d'une généreuse protection; et la magnanimité de la famille régnante peut bien pardonner aux autres d'accorder un soupir qu'elle ne refuse pas elle-même à la mémoire de braves adversaires qui , sans jamais connaître la haine, n'ont suivi que l'impulsion de l'honneur.
Tandis que mes amis particuliers n'hésitaient pas à m'attribuer la propriété littéraire de^ces romans, des critiques distingués s'occupaient avec une patiente persévérance à rechercher les traits caractéristiques qui pourraient en trahir l'origine. Un écrivain, entre autres, également remarquable par la bienveillance de sa politesse et la finesse de ses rai-* sonnemens,montra, dans ses recherchés * , non seulement un grand talent d'investigation exacte, mais encore un excellent ton de critique , digne d'un sujet beaucoup plus important; et il convertit sans doute à son opinion presque tous ceux qui jugeaient ce fait digne de leur attention. Je ne pouvais meplaindre de pareilles tentatives, quoiqu'elles missent en grand péril mon incognito. J'avais défié le public à une partie de cache-cache , et si je me laissais surprendre dans ma cachette, je devais subir la honte de ma maladresse.
Il circula naturellement bien des suppositions diverses, fondées tantôt sur le rapiport inexact de circonstances qui avaient pu être en partie vraies, tantôt sur dés incidens qui n'avaient aucun rapport à la question ; d'autres encore furent dues à l'invention mensongère de quelques importuns, qui s'imagmaient peut-être que le moyen le plus facile de forcer l'auteur à se découvrir lui-même, était d'imputer son silence à quelque motif pea honorable.
On doit croire que cette espèce d'hiqniâtion fut traitée par le prinâpal intéressé avec tout le mépris qu'elle méritait; mais parmi les bruits qui se répandirent, il y eii eut un qui , tout aussi peu fondé en feit que les antres, était néanmoins assez près de la probabilité, et aurait pu même se réaliser en partie.
Je veux parler de la supposition qui attribua ki plupart de cesromanS)
(i) l«Ures wt raîitfQr de W^vwley. Rodwell el Martin. Loodref» «Ba»,
sinon la totalilé, à mon frère, fen Thomas Scôlt , officier dn T* régiment , alors en CaAada. Ceux qui l'ont connu conviendront qu'avec un talent an moins égal à celui de son frère aîné, il avait une verve à*humour et une connaissance profonde du cœur humain, qui le rendaient un des hommes les plus aimables dans un salon, et qu'il ne lu! manquait que l'habitude de la composition pour devenir également remarquable comme écrivain. J'en étais si persuadé que je le pressai vivement d'en faire l'essai, en lui offrant de corriger les épreuves de ses ouvrages et d'en surveiller Fimpression. Thomas Scott paraissait disposé à se rendre à mon dérir, et avait même choisi un sujet et un héros. Ce héros, nous l'avions connu mon frère et moi, dans les jeux de nos premières années, où il avait montré quelques traits de caractère fortement prononcés* Thomas Scott voulait faire émigrer son jeune héros en Amérique, et le montrer supportant les fatigues et bravant les dangers du Nouveau-Monde avec cette même intrépidité qu'il avait fait voir dans son pays dès l'enfance. Thomas Scott aurait eu une belle chance de succès; il s'était familiarisé avec les mœurs des Indiens, des vieux colons français du Canada, et des Brûlés on habi* tans des bois; et ^son talent d'observation ne pouvait manquer de lui fournir des descriptions vives et animées. En un mot, je crois qqe mon frère aurait pu se faire un nom distingué dans cette même carrière où M. Cooper a, depuis, obtenu tant de triomphes. Mais Thomas Scott était déjà réduit à un état de santé qui le rendait tout-à-faît incapable de travaux littéraires, lors même qu'il aurait en la patience de les entre- prendre, et il n'écrivit jamaiSj^ je crois, une seule ligne de l'ouvrage pro- jeté, et il ne me reste que le triste plaisir de rapporter dans l'Appen- dice n° 5 la simple anecdote qui lui avait donné la première idée de son sujet. ,
Je puis ajouter à cela que le bruit général qui désigna mon frère comme ayant an moins participé à la composition de ces romans, acquit sans doute de la consistance, par diverses circonstances que nos rapports intimes rendent faciles à supposer : je me rappelle, entre autres, l'occasron que j'eus 9lors, par suite de quelques affaires de famille, de lui faire passer des sommes assez considérables. Et d'ailleurs, lorsque mon fî*ère voyait quelques personnes par trop curieuses, Il était assez naturel qu'il prit plaish* à s'amnser de leur crédulité.
Mais taudis que la paternité dé ces romans était de temps en temps vivement controversée en Angleterre, les libraires étrangers, sans en faire l'objet d'un doute, attachaient mon nom à chacun de ces ouvrages, et, en outre, à quelques autres sur lesquels je n'avais aucun droit.
1 8 PE^FACE
Mes volumes auxquels ces pages servent de préface ont donc pour seul et unique auteur celui qui les a aujourd'hui reconnus, excepté, bien entendu, les citations avouées et quelques plagiats involontaiies, presque inévitables pour quiconque a beaucoup écrit. Les manuscrits originaux existent tous encore et sont (liorresco referens) entièrement de ma propre inain; seulement, pendant les années 4818 et 4849^ attaqué d'une maladie grave, je fus obligé d'emprunter le secours d'un ami qui me servit de secrétaire.
Il y avait, je crois, au moins, vingt personnes qu'une confiance néces- saire,x)u quelquefois le hasard, avaient rendues dépositaires de mon secret; et je leur offre ici mes sincères remerciemens de la fidélité qu'elles ont mise à le garder jusqu'au moment où le dérangement des affaires de mes éditeurs, MM. Gonstable et compagnie, en amenant la cottununicalion forcée de leurs livres et de leurs comptes, est venu rendre le mystèra désormais impossible. Ces particularités sur l'aveu public de ma paternité romancière ont été rapportées dans l'introduction des Chroniques de la Canongate.
L'avertissement prélimmaire a donné l'esquisse du plan de cette nou- velle édition. J'ai lieu de craindre que quelques-unes des notes qui accom- pagnent chaque ouvrage, ne paraissent trop étrangères aux sujets des romans ou trop personnelles à l'auteur. Mon excuse est que leur publica- tion devait être posUiume; et d'ailleurs, ne doit-on pas permettre aux vieillards de parler longuement, puisque l'ordre de la nature ne leur laisse plus qu'un temps bien court pour le faire? En préparant cette édition, j'ai fait tout ce que j!ai pu pour expliquer la nature de mes matériaux, et l'usage que j'en ai fait; et il est probable que je ne reverrai plus, ou même que je ne relirai jamais ces ouvrages. J'ai donc préféré risquer d'être un peu prolixe dans mes nouveaux éclaircissemens, ajoutés à cette édition plutôt que d'encourir le reproche de n'avoh- fourni au lecteur que des renseignemens values et trop généraux. H me rçste à subir une épreuve: le public, comme un enfant à qui l'on fait voir une montre, trouvera-t-il, i^rès avoir tassassié sa vue de la boite extérieure, quelque nouvel intérêt à considérer les rouages intérieurs livrés à son examen ?
Waverley et ses successeurs ont eu, je le reconnais avec une sincère gratitude, leur temps de faveur et de. popularité; imitant la prudence d'une beauté dont le règne a déjà été bien long, j'ai donc cherché à sup- pléer par le secours de J^art aux charmes que n'offre plus la fraîcheur de la nouveauté. Les éditeurs se sont efforcés de répondre à l'honorable encouragement que le public accorde i nos artistes, en s'adjoignant nos
GlËNéRALE. 19
graveurs les plus dislingues pour orner celte édilion d^ leurs dessias. Je remercie dcoblement, comme ami et comme auteur, mon compatriote David Wilkie, Eklwin Landseer, dont le talent s'est déjà souvent exercé sur les sujets et les paysages de TÉcosse, et MM. Leslie et Newton; je remercie également MM. Cooper, Kiddet, autres artistes distingués, dont je sais personnellement moins connu, du zèle avec lequel ils ont consacré leurs talens au succès de cette publication.
C'est aux éditeurs , s'ils le jugent convenable, qu'il appartient d'offrir de plus longues explications sur cette édition nouvelle; la tâche de l'au- teur, pour son introduction, est ici terminée. Je prends donc congé du pnbKc, en le priant de recevoir l'assurance sincère que, si, comme un en&nt gâté, j'ai quelquefois abusé de son indulgence, je n'ai jamais, du moins, été coupable d'indifférence pour la faveur dont il a bien voulu m'bonorer.
Abhostford , i^^ janvier 1829.
PRÉFACE
DE LA TROISIEME EDITION
DE WAVEBLBT,
Cbttb légère esquisse des anciennes mœurs de l'Ecosse a reçu du public
un accueil plus flatteur que l'auteur n'osait l'espérer ou l'attendre. Il a vu
avec un mélange d'humble reconnaissance et de satisfaction, son ouvrage
attribué à plus <f un écrivain distingué. Des considérations qui semblent
paissantes dans sa situation particulière, l'empêchent de placer son nom
en tête de son livre pour faire cesser de fausseis suppositions, de sorte que
pour le présent, du moins, il restera incertain si Wavbhlet est Tosuvre
' d'an poète ou d'un* critique, d'un homme de loi ou d'un ecdésîastiquei
ou si l'auteur , pour me servir de la phrase de mistress Malaprop S est ,
comme Cerbère, — trois personnes à-la-fbis.
Ne voyant rien dans l'ouvrage lui-même, si ce n'est sa frivolité, qi|i l'empêche de trouver un père consentant à le reconnaître, je laisse à la eandeur du public le soin de deviner, pannl les différentes considérations particulières aux différens états de la vie, celles qui peuvent m'engager à supprimer mon nom. Je puis être un débutant dans la carrière littéraire, et peu désireux d'avouer un titre auquel je ne suis pas accoutumé. Je puis être un auteur usé, honteux de m'être montré trop souvent, et qui ai recours à ce mystère, comme l'héroïne de l'ancienne comédie se servait de son masque pour attirer l'attention de ceux à qui son visage éuûi de- venu trop familier. Je puis appartenir à une grave profession, et craindre que la réputation de romancier ne me fassse tort. Je suis peut-être un homme du monde, de la part de qui toute prétention d'écrire paraîtrait pédantesqae. Je puis enfin être trop jeune pour prendre le titre d'écrivain, ou si avancé en âge qu'il serait convenable d'y renoncer.
J'ai entendu faire l'objection que, dans le personnage de Callum Beg et dans le compte rendu par le baron de Bradwardine de ces petits attentats contre la propriété dont il accuse les Highlanders » , j'ai traité sévère- ment et injustement leur caractère national. Jlien ne pouyait être plus loin de mes intentions. Callum Beg est un personnage naturellement enclin au mal, et poussé par les circonstances de sa position à un genre
(i) Personnage ridicule dé» AVoiur, comédie de Sberidan. Un de» traits carsctéristi- qaes de mistress Malaprop , c'est la mania de parler mal m propos et de s'exprimer en estropiant quelquefois la langue de manière k donner lieu à de singuliers quiproquos.
(a) Habitons des hauUs»Urros» Nous emploierons qiieIqu?fots ce mot local au lieu d« celui de montagnards écossais.
32 PRÉFACE
particulier de méfaits. Geox ((iii oflt Iti les citlieuses Lettres écrites des Highlands i , publiées en 1726, y ont trouvé des exemples de ces carac- tères atroces observés aussi par md-méme) tt serait toutefois souveraine- ment injuste de cônsidéféi* dé tels misérables comme les représentans de tous les Highlanders de cette époque, de même que les assassins de Marr et de Williamson » ne peuvent représenter les Anglais d'aujourd'hui : quantau pillage qu'exercent, dans Waverley, quelques-uns des insurgés de 1745, on doit se souvenir que-, bîeRque le passage de cette malheu- reuse armée ne fût marqué ni par le sang ni par la dévastation, et qu'on ne puisse, au contraire, qu'admirer le bon ordre et la tranquillité de sa marche, cependant aucune armée ne traverse hostilement un pays sans commetti'e quelques déprédations, t^usieurs méfaits de la nature de ceux que le baron reproche en riant au.t Montagnards rebelles leur furent réel- lement imputés datiS le temps. Cest ce dont on trouve la preuve dans phisiettt^s traditions, et surtout dans celle qui nous a été transmise sur le Chevalier du Miroir 3 .
(i) LeUers from thê Highlands» Ce Uire n'est ptsle titrtf éMCl d« l'ovvraf* éont pftH» I ci I *ftitteur, et déjà cité plusieurs fois dans les notes de la Ûame du tac. Il s'a|;it des let' tfêi tiu chpUtiiM Murt f dMis les<)ttelle» il ett ttàt mentidn du fàmedt chef ftftf asdale, qu'oa suppose avoir servi de modèle au portttJt dé Fer|«t MftC Itro^*
(a) Tous IwvMmhrttê dea fatsilles àê Marr et d» WiUiàmêm hanA atfttNloék à Lon- dres peu avant l'époque ou parut cette préface.
(3) Un récit des évéoeoiMl de celte époque en Wrt valf airf«9 ^i oooltattt ^|lle)i|ttik ]Mfl«> ticularités frapantes, et que le peuple chante encore à présent, offre un exposé ekael de in toiidaite militaire et dfe là liéencé a6s -mânt&çn&rds. Comme cette pièce est peu connue rt ii'Mit pk» èani boft lé&s^ oMè ttoM iiâtaitleùs k rmlërtf Id.
îi*AtttEtIll k fOtfT Ift MOITDK feK AÉldcRAZ..
I. O boM leetvurt, je vtui vaut faite eomiAttiii tout» tMbpfeii»^, la )^%éê d« mofk cœur et de ma plume. Il est inutile de critiquer ou de réelaBier ,.car il n'est pàa «a inol^iiB
je puisse changer ; — ëcoutez'raoi donc avec résignatiofi.
II. Dans le» deuk pattis , quelques-uns n'étaient pas bons car j'ai vu les blessas , eg;orçés ê» lang'frdfd , noo par tes geutjlêlwtttfiet , maU par le« dntiiers eoldats de l*armée , qui n'aVMent d'autre ttolif pour l« faire que le plaisir d'ëgo^^r»
III. A Preston et à Faiktrk, cette nuit fatale u'étalt paa aoewe aoiro, lorsqu'on las lût
percer les blessés avec leurs poignards , ce qui faisait crier : les Sauvages et les Turcs plus fiumaltw laissent aU moins mourir en palf ceux qu'ils ont blessés.
IV. Malheur k ce eèl« fariéwi ! Frapper l«t blessé» sur le chaiùp de bataille 1 Que ne méritant pas ceui qui osent être ainsi Iftcbemant bnvbarasl fle ap|>eHeatdli nwina cottlm «ut de cruelles représailles.
V. J'ai vu ces hommes appelés coquins montagnards^ manger les choux et la loupa et Jeter les plats k. la porte , prendre lél coqs , les poulets , les moutons et les cochons sans payer.
VI. J'ai vu un montagnard , c'était un vrai drôle, avec un rond de boudins attaché à une perefae pastoa enr aon épiiule « bondir comme un poulain , faire jarat^ aprèk lui la TÎeillô Sfag f^ « et sautant par^deams In Tumier , s'échapper en eduralit.
VII. Quaftd on lènr raproche ceé choses, ih voua répondent souveifit : c'est que J*al le iiantre vide. ViM» ne voulea ni a» tlmm«r »f im ^«ndw^ je )iMiids. Allhs dlr« au roi Chorge et an Guillaume de C^horge qu'il faut que je mange.
B£ LA TROISIÈME ]£dITION. 25
VIII. J'aivn aa»M les soldats à Linton-Bridgie , entrer chex Bn homme t H, parée qu'il n*était pa» Whiç , ne pas lui laisser une miette de pain ni une goutte à boire ; ils lui brûlè- rent son chapeau et sa perruque , et le rouèrent de coups.
IX. Et ils forent si rudes dans les monta^jnes , qu'ils ne laissèrent ni habit ni nourriture aux habilans ; ils brûlèrent ensuite leurs maisons : c'était tape pour tape. Comment le mon-' tagnard peut-il être tendre en pensant à cela?
X. Après tout, 6 honte et douleur I plus cruels que des assassins , ils en traitèrent quel- ques-uns avec barbarie et même leur chef. Je crois que ces cruautés égalent les tortures papistes.
XI. Et ce qui se passa publiquement à Carlisle, dans ces temps de fureur où la clé- mence futenfermée dans une cage et la pitié étouffée 1 En voyant tant de barbarie approuvée par tous , je secouai la tête.
XII. Combien de malédictions! combien peu de prières! et quelques «uns qui criaient houzza I On traita ce jour là les Écossais rebelles comme si c'eût été un troupeau de bes- tiaux amenés k la boucherie.
XIII. Ainsi donc , chers concitoyens , ne recommences pins ces choses ; plus de soif de vengeance , plu» de combats. Empruntez et prêtes aux Anglais } laisses tomber tontes ces haines.
XIV. Toutes ces fanfaronnades et ces défis ne sont bons k rien : aimims notre bon roi. Il est sage d'être sobre et prudent pofir vivre en paix , car je vois que ceux qui font les méchans se font casser la tête.
WAVERLEY
OU
IL Y A SOIXANTE ANS
INTRODUCTION,
Quel roi Mrs- tu? Paris, ou meurs!.. Henrjr IV ^ seconde parlie.
Suivant le plan de cette édition y je dois parler ici des inci- dens sur lesquels le roman de Waverley est fondé. Us ont été déjà publiés par on ami dont je déplore la perte» William Eskine, esq, (plus tard lord Kinneder) » dans son article sur les Contes de mon Hâte, {Quarterfy Review, en 1817). C'est de moi qu'il tenait ces détails. Je les ai répétés depuis dans la préface des Canoniques de la Canongate; et je les insère ici de nouveau comme à la place qui leur est propre.
L'échange de protection entre Waverley et Talbot, sur lequel roule tout le sujet, m'a été fourni par une de ces anecdotes qui adoucissent les traits horribles d'une guerre civile; et comme ce fait est également honorable à la mémoire des deux parties, je les nomme sans hésiter. Le matin de la bataille de Preston , en 1745 , au moment de la mémorable attaque des Montagnards contre l'année de sir John Gope , une batterie de quatre pièces de campagne fut attaquée et enlevée d'assaut par les Camerons et les Stewarts d'Appine. Alexandre Stewart d'Invemahyle était à la tête de la charge ; il vit un officier de l'année du roi , qui, tandis que tout fuyait autour de lui, restait l'épéeàla main, ré- solu à défendre son poste jusqu'au dernier soupir. Invemahyle loi cria de se rendre , et reçut pour toute réponse un coup d'é-
26 WAVERLEY.
pée qu'il para avec son bouclier. La hache terrible d'un Mon- tagnard de taille gigantesque (le meunier du moulin d'Inver- nsJiyle) était levée sur la tête de Tofficier, alors sans défense » et M. Stewart eut beaucoup de peine à le déterminer à se ren- dre. Il prit alors sofai des objets prédeux du prisonnier, proté- gea sa personne, et lui obtînt enfin sa liberté sur parole. L'of- ficier était le colonel Whithefoord, gentilhomme de TAyrshire, jouissant d'une haute réputation et d'une grande influence , par^ tisan déclaré de la maison de Hanovre. Mais , malgré la diffé- rence de leurs principes politiques, il s'établit entre ces deux hommes d'honneur une confiance intime. La guerre civile était dans toute sa fureur , et des officiers qui s^écartaient du corps d'armée des Montagnards étaient chaque jour exécutés sans merci : cependant , Invemahyle , chargé d'aller dans les mon- tagnes faire de nouvelles recrues, n'hésita pas à aller rendre, en en revenant, une visite à celui qui avait été son prisonnier. Il passa, dans l'Ayrshire, un jour ou deux au milieu des Whigs, amis du colonel Whitefoord, aussi agréablement et avec autant de gaîté que si la paix eût régné autour de lui»
Lorsque la bataille de Galloden eut mis fin aux cepérancea de Charles-Edouard , et dispersé ses adhérens proscrits^ ce fiit le tour du colonel Whitefoord de tout mettre en œuvre pour obte- nir le pardon de M. Stewart, Il fatigua les autorités civiles et militaires. Partout on lui répondait en lui montrant une liste où Invemahyle (ainsi que le disait souvent le bon vieillard lui- même) était nmrqaé du signe de là biUy comme indigne de fa- veur ou de pardon.
A la fin , le colonel Witefoord s'adressa au duo de Cumberland en personne. Il en essuya aussi un refus positif, il borna alors sa requête , pour le moment , à une protection pour [la maiscm , l'épouse et la famille de Stewart. Se voyant encore rdhsé, il tira de son sein son brevet d'officier, qu'il déposa sur la table devant son Altesse Royale avec une vive émotion , en lui de- mandant la permission de quitter le service d'un Aonverain qui ne savait pas épargner un ennemi vaincu. Le duc, frappé et touché tout à la fois, dit au colonel de reprendre son brevet, et accorda la protection demandée. Cette faveur arriva précisé- ment à temps pour sauver la maison , les récoltés et ïe bétail d'Invernahylc de la fureur des troupes , ardentes alors à'mvager
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ce qb^elles appelaient k pays ennemi. Un petit détachement de soldats était campé sur la propriété d-InTemahyle, qu'ils fiarent forcés d'épargner, tandis qu'ils pillaient les environs, et cher- chaient partout les chefe de l'insurrection et particulièrement Stewart. D était beaucoup moins loin d'eux qu'ils ne le soup- çonnaient. Caché dans une cayeme (comme le baron de Brad- wardine ) y il resta plusieurs jours assez près des sentinelles anglaises pour entendre chaque matin leur appel. Sa nour- riture lui était apportée par une de ses filles , à peine âgée de huit ans , à qui mistress Stewart avait été obligée de confier ce soin; car tous ses mouvemehs, comme ceux des membres plus âgés de sa famille , étaient surveillés de près. Cette en- fant, développant une intelligence précoce, habitua les soldats à la voir rôder au milieu d'eux, et gagna leur bienveillance ; elle saisissait le moment où elle n'était pas observée, pour se glisser dans le bois, et y déposer sa petite charge de provisions dans quelque endroit convenu où son père pût les trouver. Ce fiit à l'aide de ces alimens précaires qu'Invemahyle soutint pen- dant plusieurs semaines une vie bien pénible ; car il avait été ble&sé à la bataille de Culloden, et ses fatigues étaient cruelle- ment aggravées par ses souffrances physiques.
Lorsque les soldats se furent éloignés en transportant leur camp ailleurs 9 il échappa encore une fois d'une manière remar- quable à un danger imminent.
n se hasardait alors à aller le soir dans sa maison, qu'il quit- tait à la pointe du jour. Il fut surpris ^n matin par un détache- ment ennemi , qui fit feu sur lui et se mit à sa poursuite. Il eut le bonheur de se soustraire aux recherches des soldats ; mais ils retournèrent aussitôt à la maison, et accusèrent sa famille de donner asile à un des traîtres proscrits. Une vieille femme eut la présence d'esprit de leur soutenir que l'homme qu'ils avaient vu était le berger. .^^
— Pourquoi nea'est-il pas arrêté quand nous l'avons appelé ? dit le soldat.
Le pauvre homme I il est sourd comme un tas de tourbes , ré- pondit k fid^e servante sans se troubler. — Qu'on l'envoie chercher sur-le-champ. On fit donc venir de la montagne le véritable berger ; mais
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on eut le teuips de lui faire sa leçon en route » et il joua bien son rôle de sourd.
Invemahyle fut ensuite compris dans l'acte d'amnistie..
L'auteur Fa beaucoup connu , et lui a souvent entendu ra- conter ces détails de sa propre bouche* C'était un noble type de l'ancien Montagnard , dont l'origine se perdit dans les siècles , et dont la courtoisie et la bravoure rappelaient les beaqx temps de la chevalerie. Il avait été dehors ^ ^ je crois, en 1715 et 1745 y et avait pris une part active à toutes les scènes de trou- bles qui se passèrent dans les Highlands entre ces deux épo- ques mémorables. J'ai entendu citer, parmi ses exploits, un duel à la claymore qu'il avait eu avec le célèbre Rob Roy Mac- Gregor , au Clachan de Balquidder .
Invemaliyle se trouvait à Edimbourg quand Paul Jones ^ parut dans le détroit du Forth, et quoiqu'il fut alors bien avancé en âge, je le vis sous les armes, ranimé par l'espoir, suivant sa propre expression, de tirer encore une fois sa claymore avant de mourir. Et en vérité , dans cette occasion mémorable où la capitale de l'Ecosse était menacée par trois petits sloops ou bricks à peine capables de détruire un village de pêcheurs, In- vemahyle fut le seul homme qui sembla songer à un plan de ré- sistance. Il offrit aux magistrats , si on voulait lui fournir des sabres et des poignards,' de trouver assez de braves Monta- gnards parmi le peuple pour tailler en pièces tous les équipa- ges de bâtimens qu'on pourrait envoyer dans une ville remplie de passages étroits et tortueux, où ils ne manqueraient pas de se répandre pour se livrer au pillage. Je ne sais pas si l'on ac- corda quelque attention au plan qu'il proposait; je suis plutôt disposé à croire qu'il dut paraître trop dangereux aux autorités constituées, qui pouvaient, même alors, ne pas désirer de voir des armes dans les mains des Montagnards. Un violent coup de vent d'ouest trancha la question , en chassant Paul Jones et ses vaisseaux hors du bras de mer.
S'il y a quelque chose d'humiliant dans ce souvenir, quelle satisfaction de le comparer à ceux de la dernière guerre , en se
(i) To be out , être dehors , 4ire sorti. Phrase tttitée pour dire de quelqa'ao qu'il avait «ervi sous l'étendard de Charles-Edouard.
(3) Célèbre corsaire au service des A.méricains dans la guerre de l'indépendance et dont Fenipiore Cooper a faille béro* de ton roman intiiulé le Pilote,
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rappelant qn'àlors Edimbourg , outre les tronpes régulières et la milice y fonmit un corps volontaire de cavalerie, d'infanterie et d'artillerie 9 montant à plus de six mille hommes tout prêts à combattre et à rei>ouS8er une force bien autrement formidable que celle de l'aventureux Américain ! Le temps et lès circons- tances changent le caractère des nations et le sort des cités ; et ce n'est pas sans orgueil qu'un Ecossais peut penser que, si le caractère mâle et indépendant de son -pays , heureux de con- fier sans crainte sa défense aux bras de ses enfans, a pâli peu* dant un demi-sièclè, le cours de sa propre vie a suffi pour lui voir reprendre tout son lustre.
On trouvera d'autres éclaircissemens sur Waveriey dans les notes an bas des pages. Celles qui ont paru trop longues pour être ainsi placées ont été rejetées à la fin des volumes aux- quels elles se rapportpnt ^
CHAPITRE PREMIER.
Servant d^Introdnction.
Le titre de cet ouvrage n'a été choisi qu'après les graves et l^Tofondes réflexions que doit faire l'homme sage dans une af- iaire importante. Le choix même de son premier titre y du titre général > fut le résultat de recherches peu communes ; cepen- dant, à l'exemple de mes devanciers , je pouvais me borner à m'emparer du nom le plus sonore et le plas harmonieux que présentent l'histoire et la topographie d'Angleterre, et en faire en même temps le titre de mon ouvrage et le nom de mon héros. Mais y hélas ! qu'est-ce que mes lecteurs auraient pu attendre des noms chevaleresques de Howard, Mordaunt , Mor- timer, Stanley; ou dusonplus sentimental et plus doux de ceux de Belmour, Belville, BeUield, Belgrave, si ce n'est des pages remplies de futilités semblables à celles des ouvrages qui ont été i>aptisés ainsi depuis un demi-siècle ? Je dois avouer mo-
{^) Ui^Màox fmnçaiv ftr«jeté«la fin de chaque volame les ooles de la nouvelle édition
ZO WAVBWLBY,
destement ijuc j£ ïûg méfie trop de mon mérite pour le placer eu opposition contre des préventions reçues. A rimiti^ioi]^ de ces jeunes chevaliers qui se présentaient pour la première fois dans la lice avec un bouclier sans devise » j'ai donc choisi pour mon héros , Waverley , un nom sans tâche , un nom qui ne rjip- pelle rien de bien ni de mal, sauf l'idée qu'il vplaira au lecteur d'en concevoir ensuite.
Mais le choix de mon second titre» qui est le supplément du premier, était une af£aire bien autrement difficile; car, quel* que court qu'il soit^ il peut être .regardé conune un engagement contracté par l'auteur de s'astreindre à quelque mode spécial de placer sa scène , de dessiner ^ses caractères, et de conduire ses aventures. Si, par exemple, j'avais intitule mon. livre a ff^a- verUy, histoire du Ump$ jadis ^ i> qud est le lecteur de romane qui ne se fut attendu à trouver un château presque égal à celui d'Udolphe ^ , dont l'aile de l'Orient aurait été inhabitée de- puis long-temps , les clefs en étant égarées ou confiées à une vieille femme de charge ou au sommelier, qui, marchant d'u)i pas mal assuré au milieu du deuidème volume , étaient destinés à servir de guide au héros ou à l'héroïne à traversées apparte- mens en ruine ? A la vue seule du titre , n'aurait-on pas cru en- tendre le cri du hibou et le chant du grillon ? — M'aurait-il été possible , avec quelques égards pour le décorum , d'introduire dans mon ouvrage (quelque scène plus vive que celles que peu- vent produire la grosse gaîté d'un valet rustre mais fidèle , ou le caquetage de la femme - de - chambre dé l'héroïne répétant les liistoires horribles et sanglantes qu'elle a entendues dans l'ami- chambre? — Ou si mon tilre avait porté « fFaverley, roman tiré de P Allemand , » quel eàt été le lecteur assez borné pour ne pas se représenter un abbé sans mœurs , un duc oppresseur, une secrète et mystérieuse association de Rose-Croix et d'Illu- minés, avec tous leurs symboles de capuchon^ noirs , de poi- gnards , de cavernes , de machines électricpies , de trappes et de lanternes gourdes ? — Si je m'étais avisé d'appeler mon ou- vrage a Histoiît Sentimentale , » n'aurais-je pas fait deyinep une héroïne av^c de nombreuses boudes de cheveux dbataifis, et une harpe, douce consolation de ses heures solkaîres, qu'elle
(a) Alluftion au roman bien coniro de« Jf/ffcfM 0VMfk9, f «JM U ki^fpnfU* de mistre«8 RadcliFfe , par »ir Waller Scott»
WAVEaLEV. 3 1
trouve tonîouES heureiucment le moyen de transporter d'un châ- tia dans une chaumière I quoiq[u'eIle soit elle-même obligée de ' sauter quelquefois par la fenêtre d'un second étage y et qu'elle s'cgare souvent dans ses voyages à pied, sous la conduite d'une jeune paysanne à teint brûlé » dont elle peut à peine comprendre le jargon? — Si j'avais intitulé mon Waverley» « Histoire Mch deffie, j» n'auriez-vous pas exigé de moi, ami lecteur, une es- quisse brillante du monàe/ashionable ,^ quelques anecdotes scan- daleuses, légèrement gagées, ou peut-être dans toute leur nu- dité, ce qui réussit encore mieux? Une héroïne de Grosvenpr- Square ^ , un membre du club de^ Barouches ^, ou de celui FoufHfi'Hand^f et une bande de personnages secondaires choisis parmi les élégans de Queen-Ânne-Street-East^, ou les héros bnllans de Bow-StreetOffice ^?
Je pourrais , avec plus de détail encore , démontrer l'impor- tance d'un titre , et en même temps faire parade de la connais- sance intime que j'ai acquise des ingrédiens qui doivent entrer dans la composition des romans et des nouvelles de tous les gen- res; mais c'est assez; et je dédaigne de fatiguer plus long-temps mon lecteur, impatient sans doute de connaître le choix d'un au^ teursiprofond^ment versé dans les diflérentesbranchesdeson art.
En fixant l'époque de cette histoire soixante ans avant celle où j'écris ( 1er novembre 1805 ) ^, je préviens le lecteur qu'il ne trouvera, dans les pages qui suivent, ni un roman de chevalerie^ ni une nouvelle sur les mœurs du jour. Mon héros ne portera du fer ni sur ses épaules, suivant l'usage du temps passé, ni aux talons de ses bottes, comme c'est la mode aujourd'hui dans Bond -Street^ ; mes demoiselles ne seront ni enveloppées d'une
(i) place habitée par le beau mondé k Londres. — (a) Espèce de voiture.
(3) \jt% petits maître» anglais se Sont nn hboneur d'être bons cochers ; et il en est même qui prennent des leçons /les conducteurs des messageries. Mais le comble de la gloire en ce C«Bre est d'être ni état ^e condoire une voiture attelée de quatre c|ievaux; el ceux qui sont arrivés à ce degré de distinction , ont formé un club , auquel ils ont donné le nom de four-in-Band , c'esl-à-dire ■ Quatre en main >.
(X) Une qm n'est habitée que parla boargeoisie*
(5) B<w<Street-0/fc9., les bureaux de police ou les filous 4 les Upageurs^ etc., sont con- doils et jugés.
(6) Il est déjà dit dans la Notice, que Waverley, composé en i8o5, n'a été publié fB'flûi8j3-i4.
(7) Rue marchande da beeu qunier de Londres, reod«i<voas 4es belles dames et des âégaaê^ tons les jours de teois à J||a heures. — La rue VivieaiW àe Londres.— Celte rue
commence pourtant à céder la vaj|^ He^entV^treet.
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. mante de pdurpre , comme lady Alice d*ane anciemie ballade y ni réduites à la nadité primitive XxxxMàfashionahU moderne dans
L'époque que j'ai choisie peut faire prévoîsp au critique judi- cieux que je m'appliquerai plus à peindre les hommes que les mœurs. Une histoire de mœurs , pour intéresser , doit avoir rap- port à une antiquité assez reculée pour qu'elle soit devenue vé- nérable, ou bien être comme le miroir des scènes qui se passent chaque jour sous nos yeux et qui nous amusent par leur nou- veauté. C'est ainsi que les cottes de mailles de nos ancêtres , et les pelisses à triple fourrure dé nos beaux * modernes , peuvent convenir également pour parer le personnage d'une fiction, quoique par des raisons fort différentes ; mais quel écrivain dé- sirant que le costume de son héros fasse de l'effet , voudrait le parer de l'habit de cour du règne de Georges II, sans cçUet , à larges manches et à poches basses ?Nous en pouvons dire autant, et avec la même vérité , des châteaux gothiques qui, avec leurs sombres vitraux, peints et obscurs, leur toit sombre et élevé, et leurs tables massives en bois de chêne couvertes dé hures de sanglier et dfe romarin , de faisons , de paons, de grues , de cy- gnes , peuvent produire utt grand effet dans une description fic- tive. On peut aussi avoir beaucoup de succès en traçant le ta- bleau animé d'une fête moderne, comme celles que nous trou- vons journellement rapportées dans la partie d'un certain jour- nal intitulé Mirror-oJ'Fashion^ .S\V(m fait contraster l'une ou Vautre de ces descriptions avec la formalité splendide d'un re- pas donné il y a soixante ans , on reconnaîtra combien le pein- tre des coutumes antiques bu celui des coutumes modernes ont d'avantages sur l'écrivain qui retrace celles de la génération qui nous a précédé.
Prenant donc en considération les désavantages inséparables de cette partie de mon sujet, je dois avertir que j'ai résolu de les éviter autant que possible , en faisant dépendre l'intérêt de ma narration du caractère, et des passions de mes personnages. Ces passions sont les mêmes dans tous les états de la société ; elles
(i) Grande soirée da b«au monde., où il est de bon ton de réanir une foule ou plut^wie cohue. — (a) Mot français devenu anglais et signifiant un petit-maitre.
(3) Le Miroir de la MoSe, Ct%\ le titre de la colo^^da Moming Ckrmielt consacrée à la relation détaillée des routt^ soirées , bals , grands vHbrs , etc.
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ont également a^ité le coeur humain, soit qu'il palpitât sous le corset d*aciêr du quinzième siècle > sous les habits à brocart du dix-huitième , ou sous le frac bleu et le gilet de basin blanc de nos jours, (a) Sans doute ces passions reçoivent une couleur nouvelle de Tétat différent des mœurs et des lois ; mais , pour emprunter le langage du blason , l'empreinte de Tarmoirie reste la même quoique les couleurs soient non-seulement différentes , mais même tout à fait contraires. La colère de nos pères , par exemple^ était fond de gueules ^ , éclatant contre les objets de leur inimitié par des actes de violence et de sang. Notre haine à nous devant cliercheràse satisfaire par des voies détournées et à miner les remparts qu'elle ne peut renverser ouvertement, peut être très bien représentée par la couleur sable ^; mais la force puissante d'impulsion est la même dans les deux cas. Le pair orgueilleux qui de nos jours ne peut plus ruiner son voi- sin que selon la loi par un procès traîné en longueur, est le vrai descendant de ce baron qui livrait aux flammes le château de son rival , et qui Tassomait de sa main, s'il tâchait d'échapper à Tincendie. C'est donc dans le grand livre de la nature , tou- jours le même, malgré les mille éditions qu'on en a faites, — soit en caractères gothiques, soit sur papier vélin, pressé à chaud, — que je me suis hasardé à puiser un chapitre pom* io présenter au public. — J'ai trouvé des sujets heureux de con- traste dans l'état de société qui régnait dans le nord de cette île à l'époque où j'ai placé mon histoire. J'en profiterai pour varier et faire ressortir les leçons morales que je voudrais bien consi- dérer comme la partie la plus importante de mon plan; je sais toutefois que ce but utile serait manqué , si je ne parvenais à amuser en même temps qu'à instruire ; — tâche bien plus diffi- cile à remplir dans cette génération critiqiie, qu'elle ne l'était « il y a soùcante ans ^. »
(a) \j» notes, îucUquée» par une lettre italique, se trouvent à la fin du volume.
(i) Couleur rou{;e. — (a) Noire.
(3) Ce premier chapitre est remarquable , comme ëtant une imitation des chapitres pré> liminaires de J'aatcur de Tom Jones, Quant aux doctrinas littéraires qu'il coolieot , elles ue s appliquent qu'à ïf^averlex.
CHAPITRE IL
Le ehàtean de Warerley-Hononr. — Un conp d'odl ior le passé.
Il y a donc soixante ans qu'Edouard Wàveriejr le hëroa de cet ouvrage , quitta sa Camille pour joindre le régiment de dragons dans lequel il venait d'obtenir une commission d'ofBcier. Ce fut un jour de tristesse au château de Waverley-Honoùr, que celui où le jeune militaire prît congé de sir Éverard , vieil oncle plein d'attention pour lui, et du titre et des biens duquel il était héritier présomptif. Une différence d'opinion politique avait brouillé le baronnet avec son plus jeune frère Richard > père de liotre héros. Sir Éverard avait puisé dans le sang de ses pères toutes les prédilections et tous les préjugés du parti des Torys et de la Haute-Eglise S <iul avaient distingué la maison de Waverléy depuis la grande guerre civile. Richard, au contraire, plus jeune de dix ans, se trouvant réduit à l'humble fortune de cadet j jugea qu'il n'y avait pour lui ni honneur ni profit à jouer le rôle de Will Wimble *. A s'aperçut dé bonne heure, que , pour faire son chemin dans le monde , il ne devait se char- ger que de peu de bagages. Si lespeintres trouvent beaucoup de difiicultés lorsqu'ils ont à représenter plusieurs passions en même temps sûr une ^ même figure, les moralistes ne seraient pas moins embarrassés pour analyser les motifs mixtes qui se réunissent pour donner une impulsion à nos actiohs. Richard
(\\ High-Church La hante-église, c*est'à-dire l'église épiscopaile anglicane. Il y a toa- joun eu une alliance inttnie entre les opinions religieuses et les opinions politiques en Angle- terre depuis la réforme.
(») C'est-à-dire de complaisant, William Wiiable eat xm des curactères les plus orîgi- naux'de la création d'Addisson dans h'Spectalêur, Will WimUe, frère cadet d'un banmnet d'une ancienne famille," n'étant élevé pour aucun état, n'ayant droit, isomAie cadet, à «ueom fortune , vit avec son frère en qualité de surintendant des chasses. Il est plus adroit qu'homme au monde dans tous les petits métiers de l'homme oisif. Il excelle à faire des lignes, des jarretières, des mèches de fouet, des filets. Toute son occupation est de se rendre agréable aux uns et aux autres par de petits services et de petits cadeaux de sa façon, ce qui rend Will le favori de toute la contrée, etc. Voyez le n. io8 da Spectateur,
WÀVEELEY. n
yfWfmUj •• 4iiii¥«iii<{uit, {i«r la leeture 4iè ViA^/uAtêf «t ptkr de botiB msonnMieiiB que» oomme le dit une viU» chanson c
Cette paMîve obeïMimce , Eftt le fait d*uQ mauvai» plaisant ; Doisiniie de ndii rétiktanee , iQipire un dëgoOt mfe'prisant.
Cependant la .raison n'aurait probablement pas feoffi pont tombattre et détruire les préjugés héréditaires, si Richard avait pu prévoir que son frère aîné , sir Éverard , ne pouvant se con- soler d'un désappointement amoureut dé sa Jeunesse , eût encore été garçon à soixante-douze ans. La perspective d'une succession, quelque éloignée qu'elle fût, aurait pu, en ce cas, ié déterminerit souffirir de traîner la majenris parde de sa vie sous le nom de « Maître-Richard, du château, frère du baronnet, » dans Vespoirde porter avant qu'elle se terminât le titre de BÎr Richard Wavcrley , de Wavérley Honour , héritier d'ttn domaine digne d'un prince , et jouissant d'une influence politi^ que considérable dans le comté où ce. domaine était situé. Mais c'était un événement qu'on ne pouvait attemlrelorsqiie Richard débuta dans le monde. Sir Everard, à cette époque, était encore à la fleur de l'âge, et sûr de pouvoir choisir une épouise dans prefeque toutes les femilles, soit qu'il recherchât la for- tune, soit qu'il préférât la beauté. Le bruit même de sofa mariage prochain, amusait régulièrement ses voisins une fois l'année. Son frère cadet ne vit.d'autre chemin praticable pour arriver à l'indépendance, que de compter sur ses propres efforts, et d'adopter une croyance politique plus d'accorï avec sa raison et sesmtéréts, que la foi héréditaire vouée par les Éverardà l'église épiscopale anglicane, et à la maison de Stuari. ft com- mença donc sa carrière par une rétractation , et entra dans te monde comipe un Whig déclaré et un partisan de la maison de Hanévre ^
tfeitit an diclionnairt fort curieux <i«è celai de ee« bomft qal se «ent umt mahipliéi en Ft*éM# depuis la révolution. ^(^, eaBtrMtion de «fhigk a mof^f e«i un «ot dont «e servtat fa» paysans de l'oveft^B i'EcOMe |Mor tàmr^Mtmont leur* cbnraai , 4ans ce ««BA^pn to whig ifiù/imtj^i^i pfUg^ m«i^t «Uer plus vil«. Dies fivjrsaais de ces «««bw*- 'iwmt ninsi nommés dans nneinsorrection qqf'ils firent en 1648 » et km Nin)9fn <2«p«M frit appl^p^f 99$
3.
36 WAVERLEY.
Le ministère, «lu tempa de, George l^'^ , désirait prudémmcfnt d'affaiblir les rangs de l'oppositipn. La noblesse Tory, redevable de son éclat au soleil de la cour, se reconciliait peu à peu avec la nouvelle dynastie; mais les riches gentilshommes de pro- vince, classe qui, avec un reste considérable des anciennes mœurs et de l'intégrité primitive, conservait aussi beaucoup de préjugés et d'obstination, affectait une opposition boudeuse et hautaine > et jetait bien des regards de regret et d'espérance sur Bois-le-Duc, Avignon et l'Italie (c). Le chiuigement des dis- positions du proche parent d'un de ces adversaires fermes et inflexibles; fut considéré comme un moyen de multiplier les conversions. Richard Waverley fut donc accueilli des ministres avec un degré de faveur plus que proportionné à son mérite et à son importance politique : on reconnut cependant qu'il n'était pas sans talens pour les affaires publiques, et, sa première admission au lever du ministre ayant été négociée , son succès fut rapide.
Sir JEverard apprit, parles Gazettes publiques , 1" que Richard Waverley, Esq,. S était envoyé à la chanibre par le boi^rg ministériel de Barterfaith ^ ; 2^ que l^ichard Waverley, Esq»; s'était distingué dans la discussion du bill sur l'excise en parlant en faveur du gouvernement; S*' enfin, que Richard Waverley, Esq., venait d'être nommé à l'une de ces places où le plaisir de servir son pays est accompagné d'autres avantages impor- tans, qui, pour les rendre plus agréables, arrivent régulière- ment chaque trimestre.
Ces évènemens se succédèrent avec tant de rapidité, que la sagacité de l'éditeur d'une gazette moderne aurait pu prédire les deux jiemiei^s eu annonçant le premier ; cependant ils ne parvinrent que graduellement à sir Everard, et pour ainsi dire
coveDanUires , aux m^ontens et à l'oppoutipn anti«royaIîftie. Ce sornom n'est. plut tint démocrtitiqae depuis que les whigs ont ausf i leur aristocratie.
On appelle aussi wkig'ea ëcosMÛ», une espèce de petit lait ou crème aigre.
Les vdicurs en Irlande ont les mots torie me, donnes-moi (c'est-à-dire donoez-moi la konrse), d'où l'on Ai tory y voleur; et ce titre, qui rappellera celui de brigand dont on fut naguère si libéral en France, fut donné aux partisans de Jacqnes II , parce que parmi ses partisans se trouvaient nécessairement beaucoup d'Irlandais ^ comme catboliques. Mous tenons cette df:uble étymologie de sir Walter Scott lulméme.
(i) Abréviation d'usage du mot JEj^uire ou Sgucre qui signifie ■ écc^er i. (s) Mot à mot,/0t troquée y nom imaginaire. Petite ëpignumme anti*mlnistérielle que l'auteur tory se permet en passant.
WAVERLEV. 3T
distiUés goutte à goutte par le froid et tardif alambic de la Let^ jrehebdomadtUre de Dyer (d). Nous ferons observer» en pas- sant , au lecteur , qu'à cette époque , au lieu de ces malle-postes qui dionnent la faculté à chaque ouvrier dans son club de sue pence, d'apprendre tous les soirs , dans vingt journaux de la veille qui se contredisent, les nouvelles de la capitale, la poste de Londres n'apportait qu^une fois par semaine à Waverley- Honour, une gazette hebdomadaire qui après avoir satisCût la cioiosité du baronnet, celle de sa sœur et celle du vieux somme- lier, passait ensuite régulièrement du château au rectorat, à la Grange, demeure de l'écuyer Stubbs ; de chez l'écuyer à Pinten- . dant du baronnet dans sa maison blanche sur la bruyère ; de l'intendant aulailli, et du bailli , ^ un cercle nombreux d'hon- nêtes dames et de leurs compères dpnt les mains dures et cal- leuses la mettaient en général en lambeaux, environ un mois après son arrivée ^
La lenteur de cette suite de nouvelles fut dans cette occasion un avantage pour Richard Waverley ; car on ne peut douter que , si le total de ces méfaits eût frappé en même temps les oreilles de sir Éverard, le nouvel employé du gouvernement n'aurait guère eu sujet dé se féliciter du succès de sa politique. Le baronnet, quoique le plus doux des hommes, n'était point sans avoir sa part de susceptibilité, la conduite de son frère le blessa donc vivement. Le domaine de Waverley n'était grevé d'aucune substitution , parce qu'il n'était jamais entré dans l'esprit d'aucun des anciens possesseurs qu'un jour un de leurs descendana pourrait se rendre coupable de toutes les atrocités dont la Lettre de Dyer accusait Richard. La substitution eût- elle existé, le mariage du propriétaire actuel aurait pu être funeste à un héritier collatéral. Ces diverses idées agitèrent long- temps sir Evçrard, mais sans amener ime détermination con- cluante.
Il examina son arbre généalogique , qui , blasonné d'emblèmes d'honneur et d'exploits héroïques , ornait la boiserie bien vernie
(i) Nous avQBS duift cette phrase presque tout^ la hiérarchie d'uo canton <le province t le baronnet , le seigneur du pajs et seigneur héréditaire ; le recteur , que nous appelle- lions. un curé de première classe, et le Squire (mot dérÎTë d'écuyer) , qui serait le premier proprie'taire s'il n'y avait pas de baronnet, et qui habite ordinairement une ferme qu'il fait valoir lui-même (c'est un gentleman f armer). Le steward e%\ l'intendant et l'homme d'af. faim; et le bailiff, bailli , est le receveur des rentes et loyers.
8« WAVERLEY.
Ae ka grande salifi. Les plus proches descendans de sir HUdebraBA Waverley » à défout de son fils aîné Wilfred dont sir Évet^rd et son frère' se trouvaient les seuls représentans, étaient , comme ce registre honorable l'en informait, et comme il le savait parfaitement lui-même , les Waverley de Highiey<*Park, oomté de Hauts y avéo lesquels la branche principale ou plutôt la sou*» che de- la famille avait rompu tout rapport depiûs le grand procès de 1670. Cette branc^ dégénérée s'était encore donné un pluâ grand tort au¥ yeux du chef et de la source' de leur noblesse par le mariage de leur représentant avec Judith, béri^ tière d'Olivier Bradshawe de Highley*Park, dont les armoi» ries, les mêmes que cellew") de Bradsliawe le régicide, avaient été écarlelées avec l'ancien écuason des Waverley. Cependant air Éverard^ dans la] chaleur de son ressentiment, avait effacé toutes ces circonstances de son souvenir, et si le procureur Ciippurse S qu'il avait envoyé chercher par son valet d'écurie» était arrivé seulement une heure plus tôt, il aurait eu le profit de la rédaction d'un acte destiné à priver Richard du domaine et de la seigneurie de Waverley et dépendances ; mais une heure de ealme. réflexion est beaucoup lorsque nous l'employons à peser les inconvéniens de deux projets dont aucun ne nous plaît au fond du cœur.'
Le procureur. Glippurse trouva son patron plongé dans des méditations profondes, qu'il était trop respectueux pouirtrou* blel* autrement qu'en produisant son écritoire de cuir et son papier, pour annoncer qu'il était. prêt à minuter les volontés de Soii Honneur. Cette petite manœuvre embarrassa sir Everard, qui la regarda comme un reproche de son indécisioiu lise tourna vers le procureui*, avec quelque intention de lui donner ses ordres positifs, quand le soleil , qui venait de se dégager d'unnuage, ré- pandit subitement dans le sombre cabinet les couleurs variées de ses rayons à travers les vitraux peints. Lorsque le baronnet leva les yeux à ce spectacle splendide, ils rencontrèrent son écUsson, où était gt^avé le même emblème qu^un de ses ancêtres avait, dit-on, porté à la bataille d'Hastings, trois hermines passant, argent, sur champ d'azur, avec la dévise : sans tache. — Périsse le nom de Waverley , « s'écria sii^ Éverard, plutôt que de voir
(i) Coiinc» Bourse.
WAVERLEY. 39
« cet atnblèiiie de l'honneur et .de la loyauté, souille par led annes déi^onorées d'un traître de Téte-Ronrie * . »
Tel fat l'eRét du passage d'un rayon dn soleil qui donna tont juste au procureur le temps de tailler sa plume ; sa peine fut inutile : on le renvoya en l'invitant à se tenir prêt à revenir au premier ordre.
L'apparition de l'homme de loi chez le baronnet avait donné lieu à bien dés conjectures dans cette partie du monde dont le diâteau de Waverley était le centre. Mais les plus avisés politi- ques de ce niicroscome augurèrent encore pire pour Richard Waveriey d'un événement qui suivit de près son apostasie. Ce ne fut rien moins qu'une e&cnision que fit le baronnet en voiture à six chevaux, suivi de quatre laquais en grande livrée , pour aller rendre une visite assez longue à un noble pair habitant à l'extrémité du comté, d'une race sans mésalliance, Tory pro- noncé, et heureux père de six filles accomplies , et à marier.
On devine aisément que sir Éverard fut très bien accueilli àscûs œtte fomille ; mais , par malheur pour lui , il fixa son choix sur lady Emily , la plus jeune des six sœurs. Elle reçut ses soins avec un embarras qui annonçait tout à la fois qu'elle n'osait les refuser, mais qu'elle n'en éprouvait rien moins que du plaisir.
Sir Everard -ne put s'eitapècher de remarquer quelque chose àe contraint et de singulier dans la manière dont ses avances étaient reçues ; mais la comtesse l'ayant assuré , en mère pru- dente , que c'était l'effet iiaturel d'mie éducation faite loin du inonde, le sacrifice eut pu s'àcîccomplir, comme cela est arrivé sans doute dans mainte circonstance semblable, sans le courage d'une sœur aînée qui révéla au riche prétendu , que sa sœur avait accordé son affection à un jeune officier de fortune , qui était sou proche parent. Sir Éverard parut très ému en apprenatit ces détails, qui lui furent confirmés dans une entrevue particulière, par la jeune personne elle-même, que la crainte du courroux de son père rendait toute tremblante.
L'honneur et la générosité étaient des attributs héréditaires dans la faniille des*Waverley :" aussi sir Everard s'empressa-t-il de renoncer à lady Émily avec une grâce et mie délicatesse dignes
(i) Sobriijiuîl donu« aux républicain» , à cau»e de Ivuu cheveux coup'.'-'i ras sur I«» «>retl(e«».
40 WAVERLEY.
tVun héros de roman, li eut même l'j^dresse, avant de quitter le château de Blandeville ^ d'arraclier au père son consentement au i
mariage de sa fille avec celui dont elle avait fait choix. On ne i
peut connaître exactement les ârgumens dont il se servit dans i
cette occasion; car on n'a j^niais supposé à sir Éverard, des i
moyens de persuasion du premier ordi^e ; mais aussitôt que cet i
arrangement eut été conclu, le jeune officiel* s'avança dans I
l'aimée avec une rapidité qui est bien rare quand lé mérite est \
sans protection; et en apparence le jeune homme ne pouvait i
compter sur aucun autre titre * .
Quoique rendu moins pénible par le sentiment intime qu'il avait agi en homme d'honneur et généreusement , cet échec influa sur le reste de la vie de sir Éve^ard. Son projet de mariage avait été adopté dans un accès d'indignation; faire la cour à une belle était un travail qui ne s'accordait guère avec la gravité de sou indolence iiaturelle ; il venait d'échapper au risque d'épouser une femme qui ne l'eût jan^ais aimé; et sa vanité ne pouvait être très flattée du dénouement de son amour, quand même son cœur n'en aurait | pas souffert. Le résultat de toute cett« affaire fut qu'il reprit le chemin du château de Waverléy- Honour sans avoir fait un autre choix. Il ne se laissa sçduire ni par les soupirs et. les regards langoureux de cette belle confi- dente qui n'avait révélé le secret de l'inclination de sa sœur que par pure affection, ni parles allusions indirectes, les coups d'oeil significatifs et les demi-mot.$ delà mère, ni par les gra- ves éloges que le comte ne cessait de faire dé la prudence, du . bon sens, du caractère admirable de sa première, deuxième, troisième, quatrième et cinquième fille. Le souvenir d'un amour malheureuxfut pour sir Éverarcly ce qu'il a été pour bien des gens doués de son caractère, qui était à la fois timide, fier, susceptible et indolent, c'est-a-dire , un avertissement de ne plus s'exposef à l'avenir à essuyer une pareille mortification, et à entreprendre une tâche aussi pénible qu'inutile. Il continua à vivre au château deWaverley dans le. style d'un vieux gentilhomme anglais, aussi riche que noble. Sa sœur, miss Rachel Wavèrley, présidait à sa table, et ils devinrent peu à peu, lui vieux garçon, elle veille
(i) Au risque d'èlr^ moins discret que l'auleur , nous devons expliquer celte phfAM ea rappelant que les grades dans rarnit>e anglaise peuvent s'acheter.
WAVERLEY. 4 1
fiUe> pKraut par leur doaceory et leur bouté un modèle > aux cé^alaîres des deux s^^es. :
La violence du ressentiment de ^ir Ëverard contre son frère s'afiaiblit avec le temps ; mais si son antipathie pour le Whig et l'homme en place ne put jamais le décider à prendre un parti qui aurait été nuisible à son frère , elle entretint entre eux une froideur continuelle. Richard connaissait assez le monde, et le caractère de, son frère , pour croire que des avances indiscrè* tes iûu précipitées , pourraient donner plus d'activité à un mécon- tentement purement passif. Ce fut donc le liasardqui occasionna on renouvellement de leurs relations. Richard avait épousé une jeuiie personne d'un rang élevé , dont il espérait que la fortune , et l'influence qu'avait sa famille , pourraient servir à son avan- cement. Du chef de sa feinme, il devint posses^ur d'un domaine de quelque valeur, qui n'était éloigné du château de Waverley que de quelques milles.
Le petit Edouard, le héros de. notre histoire, alors dans sa cinquième année, était leur seul enfant. 11 arriva qu'en se pro- menant avec sa bonne, il s'écarta un matin de plus d'un mille de Brere-Wood-Lodge, où habitait son père. Leur attention fiit excitée par une voiture dont la ciselure et la dorure auraient fait honneur à celle 4u lord-maire ^ , et attelée de six superbes chevaux noirs,, à longues queues. Cette voiture attenidait son maître qui inspectait près de là les progrès de la construction d'une fenne à demi-bâtie. Je ne puis dire si l'enfant avait eu pour nourrice unie Galloise ou une Écossaise ^ , ou comment il associait un écussQU orné de tcois hermines avec l'idée d'une propriété personnelle; mais il n'eut pas plutôt appercu ces armoi- ries de famille , qu'il s'obstina à faire valoir ses droits à la riche voilure sur laquelle elles étaient blasonnées. Le baronnet arriva au momept où la bonne de l'enfant cherchait inutilement à le détourner de l'idée de s'approprier le carrosse doré à six che- vaux.. Cette rencontre eut lieu dans mi moment favorable pour Edouard, car son oncle n'avait pu s'empêcher de regarder avec
(i) Rien de pompeux comme la voiture «jle Cérémonie du lord maire; c*est le véritable trône ambulant de ce roi électif de la cité de Londres. C'est dommage qu'elle soit aussi fiiarde et auft»i massive que brillante.
^3} Allusion' au:i ieUes aristocratiques des nourrices de ces deux contrées, qui eqlre- tiennent volontiers les enfaus de la gloire de leurs ancêtres , et surtout de leurs titres nobi- liaires..
42 WAVERLEY.
comphosftnee et presqae avec envie lés enfans jonflus diï robuste fermier pour qui il faisait construire pne maison. Dans le petit ehërubin à joues vermeilles ^ à figure ronde, portant son nom i ayant ses yeux, et réclamant les droits héréditaires qu'il avait à sa parenté, à son attachement et à sa protection , par un lien que sir Everard estimait aussi sacré que la jarretière ou le man- teau bleu ^ 9 il lui sembla que la providence lui avait accordé Tobjet le plus propre à remplir le vide de ses affections et de ses espérances. Sir Everard retourna chez lui sur un cheval de main qu'on lui tenait prêt, tandis que l'enfant et sa bonne furent reconduits dans la voiture à Brere-Wopd-Lodge , avec un mes- saige qui ouvrit à Richard Wàverley une voie de réconciliation avec son frère aîné.
Leurs relations s€t renouvelèrent ainsi. Pendant long- temps^ il y entra plus de civilité et de cérémonie que de cor- dialité fraternelle ; mais cet état de choses suffisait aux désirs de l'un et de l'autre. Dans ta société fréquente de son petit- neveu y sir Everard trouvait à bercer son orgueil héréditaire de l'idée de perpétuer son lignage, et pouvait en même temps satisfaire pleinement son besoin de bienveillance et d'affections douces. De son côté, Richard Waverlçy voyait^ dans l'attache- ment croissant de l'oncle et du neveu, les moyens de s'assurer, sinon pour lui, du moins pour son fils, un héritage qu'il aurait pu craindre de voir lui échapper, s'il avait chek*ché à former une intimité plus étroite avec un homme ayant le caractère et les opinions de son frère.
Ainsi, par une espèce de compromis tacite, il fut permis au jeune Edouard de passer chez son oncle la plus grande partie de l'année ; et il parut également chéri par les. deux familles , quoique leurs relations mutuelles se bornassent à s'envoyer des complimens de politesse, ou à se faire des visites plus cérémo- nieuses. L'éducation de l'enfant* était dirigée tour à tour par le goûl et les opinions dé son oncle et de son père. Mais nous en parlerons plus amplement dans le chapitre suivant, '
(i) Le manteau bleu appArlieot spécialement aux chevalier» de la jarreU«r«. La t/arrc» tièree%t de velours bleu bordé d.*or« avec la devise historique: Honni soit qui mal j pense. Cet ordre n'est accordé, comme od sait, qu'à la plus haute noblesse et à- la plus haut* itlttstnition.
CHAPITRE III.
L'Édocatioii.
On ne mit pas beaucoup de méthode et de suite dans l'édaca* tion de notre héros Edouard Waverley • Dans son enbnçe , l'air de Londres nuisfiit à sa santé» ou du moins hit supposé y nuire^ ce qui est la môm^ chose* Aussi , lorsque les devoirs de sa plaee > la convocation du parlement y 014 ie besoin de poursuivre ses plans d'ambition et de fortune , appelaient son père à Londres » qui était sa résidence huit mois de l'année , Edouard était trans*» féré au château de Waverley , où il changeait de maîtres et de leçons aussi bien que de demeure. Son père aurait pu remédier à cet inconvénient en lui donnant un précepteur permanent; ; mais il pensait qu'un précepteur de son choix ne serait probablement pas vu de très bon œil , au château de Wa« verley, et que, s'il laissait à sir Éverard le soin de le choisir» il risquait d'introduire dans sa maison un bote désagréable» sinon un espion politique. Il fit donc consentir son secrétaire particulier» jeune homme ayant du goût et des talens» à cimsa* crer une heure ou deux à l'éducation d'Edouard pendant qu'il restait à Brere«Wood*Lodge; et il laissait son oncle responsable de ses progrès eu littérature pendimt son séjour au château.
A certains égards» il n'y manquait pas île moyens d'instruc- tion. L.e chapelain de sir Éverard» de l'université d'Oxford, et qui y avait perdu son droit às/eUowskip ^ pour avoir refusé de prêter 1^ serment à Favènement de Georges I, était non- seulement très versé dans les études classiques» mais raisonna- blement habile dans les sciences» et il possédait plusieurs làn« gués vivantes* Cependant il était vieux et indulgent, etie retour régulier (\o l'interrègne pendant lequel Edouard était entière-
•u'on accorde le bénëftewii #è%ll^M*Mi(f0ti^ «jol M ili'pMilMII.
44 WAVERLEY.
ment soustrait à la discipline amenait un tel relâchement à l'au- torité, que l'élève avait à peu près la liberté d'étudier lors qu'il voulait, comme il voulait, et ce qu'il voulait. Ce système relâché aurait été funeste pour im enfant d'une conception lente, qui, sentait qu'il fallait travailler pour apprendre, s'en serait totale- ment dispensé, s'il n'eût dû obéir aux ordres d'un maître. Le danger eût été le même pour un élève en qui le tèmpéi^amment eût été plus puissant que l'imagination ou la sensibilité; et que l'irrésistible influence d'Almà S aurait occupé des plaisirs de la chasse depuis le matin jusqu'au soir. Mais Edouard Waverlèy n'avait aucun trait de ces deux caractères; son intelligence était si extraordinairemênt vive, qu'il semblait avoir le don d'intui- tion; et le principal soin de son précepteur était de l'empêcher, comme le dirait un chasseur, de dépasser le gibiër> c'est-à-dire d'acquérir des connaissances d'une manière légère, vague et sans méthode. Mais ici le maître avait encore à combattre un pen- chant qui ne se trouveque trop souvent joint à l'imagination la plus brillante et à toute la vivacité du t-alent; je veux dire cette disposition à l'indolence, qui ne peut être stimulée que par de puissans attraits , et qui renonce à l'étude aussitôt qu'elle a satis- fait sa curiosité, goûté le plaisir de vaihcre les premiers obsta- cles, et épuisé le charme de la nouveauté.
Edouard se livrait avec ardeur à l'étude de chaque auteur classique dont son précepteur lui proposait la lecture. Il se fami- liarisait assez avec son style pour comprendre le sujet du livre, qu'il finissait si l'ouvrage l'amusait, ou l'intéressait. Mais vaine- ment essayait-on de fixer son attention sur les distinctions cri- tiques de la philologie, si|r la différence des idiomes, sur la beauté d'une expression heureuse, et sur les combinaisons arti- ficielles de la syntaxe. — « Je puis lire^et comprendre un auteur latin, disait le jeune Edouard avec la présomption et la légèreté téméraire d'un écolier de quinze ans : Scaliger ou Bentley ^ n'en savaient pas davantage. — Hélas ! pendant qu'on lui permettait ainsi de -ne. lire que pour son amusement, ilKe se doutait pas
(i) Aima y aima mater ^ vënéraMe mère. Mot devenu anglais, et synonyme d'université. L'auteur veut dire qu'une fois rendu à l'université , l'élève y eût été entraîné à la dissiiMttion.
(a). Scaliger, ancien critique, aussi connu par ses querelles littéraires que par ses com- mentaires sur les auteur» classiques. Hicbard Bentl^ , bibliothécaire du roi Guillaume^ et éditeur de plusieurs éditiotisd'avileurs classiques avec commentaiiw. " ,
WAVERLEY. 45
qrfil perdait à jamais l'occasion d'acquérir, l'habitude d'uoe ap- plication constante et régulière, et l'art de maîtriser» de diriger et de concentrer la force de son esprit pour les recherches sé- rieuses,— art bien plus précieux que cette connaissance de l'é- rudition classique, qui est le premier objet des études.
Je sais qu'on peut me rappeler ici la néce^ité de rendre l'instruction agréable à la jeunesse, et le miel du Tasse ^ mêlé à la potion préparée pour l'enfant; — mais un siècle où les en&ns apprennent les sciences les plus arides par laséduisante méthode des jeux instmcdjs^ n'a guère à redouter les conséquences d'un enseignement trop austère et trop sérieux. L'histoire d'Angle- terre est aujourd'hui réduite à un jeu de cartes, les problè- mes de mathématiques à Un jeu d'énigmes, et nous sommes assu- rés qu'on peut acquérir une connaissance suffisante des règles de l'arithmétique, en passant quelques heures par semaine devant une édition nouvelle et compliquée du jeu royal de l'oie. Ejicore quelques pas de plusV et l'on apprendra de la même manière le symbole des apôtres et les dix commandemens de Dieu sans avoir besoin de l'air de gravité, du ton calme et posé, et de la pieuse attention qu'on exigeait^jusqu'ici de l'enfance bien gou- vernée de ce royaume.
Ce pourrait être toutefois un sujet de considération sérieuse, de savoir s'il n'est pas à craindre que ceux qui se sont accoutu- més à n'acquérir l'instruction que sous la forme d'un amusement, n'en viennent à repousser tout ce qui aurait l'air d'une étude. Ceux qui apprennent lliistoire avec des cartes ne sont-ils pas exposés à préférerjes moyens à la fin ? et si nous devions enseigner la religion sous la forme d'un jeu, nos élèves ne pour- raient-ils pas peu à peu être tentés de se faire un jeu dé leur re- . ligion? '
Quant à notre jeune-héros, on lui permit de ne chercher Tin- struction que suivant seS' goûts, et. naturellement il ne la cher- chait que tant qu'il y trouvait de l'amusement. Cette indulgence de ses maîtres fut suivie de funestes conséquences qui influé-
(i) — • N(ni4 firotlOBS de miel le» bords de U coupe qne nous présentons à nn enfant malade ; trompe par cet innocent artifice , il avale une potion désagréable , mais salutaire, et la santé qu'il recouvre est le doox frait de son erreur. « -^ Le Tasse aipuisé cette idée
dans Horace.
•— Pueris dant crustula blandi
Doctorvs, ehmfnta ■Péhnt ^t diteêrtpnma*.
46 WAVERLEY.
HtAït kmg-teitipft Mir soti caractère, sur son botiheitf ti^mr ^^ u moyens de se rendre mile dans la société. L'ima^nation | d'Edouard, quoique vive, et son amour poiù* ta littératnre^ quoi^ que atdent, furent si loin de remédier à ce mal particulier, que la violence ne fit que s'en irriter et s'accroître. La bibliothèque de Waverley-Honour, vaste salle gothique, avec de doubles ar- eéauÀ et une galerie, contenait une collection. de. livres aussi nombreuse que mélangée. Ces volumes avaient été rassemblés, pendant le cours de deux siècles par une famille qui, ayant toujours été riche, s'était naturellement imposé, comme une marque de splendeur, Tobligation de placer sur les tablettes de la biblio* thèque toutes les productions de la littérature du jour, sans trop dé choix et de discernement ; Edouard eut la liberté d'errer à son gré dans ce vaste royaume. Son précepteur avait ses études particulières, la politique ecclésiastique et les controverses théo- logiques, et de plus, ute amour d'aisance classique ^; il ne se dispensait pas d'inspecter aux heures fixes les progrès de Phé- riiier présomptif de son patron; mais il était porté à saisir très volontiers toute espèce d'excuses pour ne pas exercer une sui^ veillance stricte et rîégulière sur les études générales de son élève.
Sir Everard n^ avait jamais lui*méme été un homme studieux. n croyait que toute lecture est incompatible avec l'oisiveté des riches ; doctrine que miss Rachel Waverley partageait avec lui. Ils étaient persuadés l'un et l'autre que suivre des yeux les lettres de Paiphabet est en soi-même une tâche utile et méritoire, sans chercher s(crupuleusetnent à découvrir quelles sont les idées et les connaissances que leur arrangement peut ddittier.' Tandfe qu'une meilleure éducation aurait pu convertir en soif d'instruc- tion son désir de s'amuser, le jeune Waverley se trouva donc, au milieu de cet océan de livres, comme un vaisseau sans pilote ou sans gouvernail. Il n'est peut-être point d'habitude qui s'accroisse plus facilement en s'y livrant, que celle de lire sans ordre et sans plan, surtout quand on en trouve une occasion si favorable. Je crois qu'une des causes qui font que l'on trouve dans les der- niers rangs de la société tant d'exemples d'érudition, c'est que l'étudiant pauvre est resserré dans un oercle trop étroit pour se li-
(i) Une des Tarifs de VMùtm «mi dif^dUH*
fi
WALERLEf. 4T
trer àsapamon pont les livres» 6t qu'il est forcé 4e faire une oon*
naissance approfondie ayec le petit nombre de ceux qu'il possède
avant de pouvoir en acquérir d'autres. Edouard, "un contraire^
comme le gourmand qui ne daigne prendre qu^one bouchée
d'une pèche du côté qne le soleil l'avait frappée, cessait de lire
un volume dès qu'il n'ekcitait plus sa curiosité ou son intérêt.
n arriva donc nécessairement que son habitude de ne chercher
que ce genre de plaisir le rendit de jour en jour plus difficile à
e^it^Qter, et enfin sa passion pour la lecture, comme d'c^ntres
goûts impérieux, fit naître en lui, à force de s'y livrer, nne'sorte
de satiété.
Cependant, avant de parvenir à cette indifférence, il avait enrichi sa mémoire, qui était des plnsheureuses, d'un mélange varié de connaissances curieuses quoique mal classées dans sa tête. Dans la littératm^e anglaise, il s'était rendu familier avec Shaks- peare, Milton, et nos vieux auteurs dramatiques; il possédait aussi plusieurs des passages pittoresques et intéressans de nos vieilles chroniques historiques; il connaissait surtout Spencer, Drajton, et les autres poètes qui se sont fait un nom dans la car« nère dés fictions romanesques, ouvrages qui sont les plus sédni-* sans de tous pour une imagination jeune encore, avant qne lespas^ sions se soient éveillées) et demandent une poésie plus senti- mentale.
Sous ce rapport la littérature italienne lui offrit un champ plus vaste encore. Il avait parcouru leç nombreux poèmes romanti- ques qui, depuis le temps de Pulci, ont été les exercices favoris des beaiïx esprits de lltalie. Il avait lu avec plaisir tous les nom- breux recueils de novelle produits par le génie libre mais élé- gant de cette contrée, en imitation du Decameron. En littéra- ture classique, Waverlej avait acquis les connaissances ordinai- res, et lu les auteurs à l'usage des classes. La "France lui avait fourni une collection presque inépuisable fle mémoires à peine plus véridiquesque des romans, et de romans si bien écrits qu'ils pourraient passer pour des mémoires. Les pages brillantes de Froissard, ses descriptions enthousiastes et éblouissante^ des combats et des toijrnois, étaient au nombre de ses lectures favo- rites; et dans Brantôme et de Lanoue il avait appris à comparer le caractère sauvage et licencieux, quoique superstitieux des nobles ligueurs, avec l'âpreté, le rigorisme, et l'esprit qudque»*
48 WAVERLEY.
fois turbulent des Huguenots* L'Espagne avait contribué à lui former un fond de connaissances chevaleresques et romantiques. La littérature primitive dés peuples du nord n'avait pas été né- gligée par un jeune homme qqi lisait plutôt pour exciter son imagination que pour se former le jugement. Cependant, quoique sachant beaucoup de tout ce qui n'est connu que du petit nombre, on pouvait sans injustice regarder Edouard Waverley comme un ignorant, puisqu'il n'avait presque rien appris dé .ce qui peut ajouter à la dignité de l'homme et le mettre à même de tenir iin rang lionorable dans la société, et d'eniaire l'ornement.
La moindre attention de la part de ses parens aurait pu lui être utile pour le préserver de la dissipation d'esprit, suite na- turelle d'un cours de lecture si mal ordonné; mais sa mère mou- rut sept ans après la réconciliation des deux frères ; et Ricliard Waverley lui-même, qui depuis cet événement fit plus liabituel- lementsa résidence à Londres, était trop occupé dp ses plans de fortune et d'ambition pour ne pas se t;ontenter d'entendre ^ire qu'Edouard aimait beaucoup les livres, et qu'il pourrait parvenir à devenir évêque. S'il avait pu découvrir et analyser les rêves que faisait son fils tout éveillé, il en aurait tiré une conclusion bien différente.
CHAPITRE IV.
Clhât«aax en* Espagne ' .
J'ai déjà donné à entendre que, devenu d'un goût capricieux, difficile et dédaigneux, par une surabondance de lectures frivor les, notre héros était non-seulement incapable d'études sérieuses et profitables, mais encore dégoi^té, jusqu'à un certain point, de ce qui lui avait plu d'abord.
Il était dans sa seizième année, lorsque' son amour pour la so- litude et son caractère distrait et rêveur commencèrent à donner
(i) En anglais casth'hmtdîng^ CoDstructioa de châtea^x: On ^t aussi cmsth^ in the air cUâteaux en l'air. ,
WAVERLEY. 49
de tendres iaquiétudes à sir Everard. Il essaya de tirer son neveu de cette apathie en l'invitant à se livrer aux exercices de la cliasse, qui avait été jadis l'amusement principal de sa jeunesse. Edouard pendant une saison éprouva un plaisir assez vif à manier le fusil; mais lorsqu'il fut parvenu à s'en servir avec adresse^ ce diver- tissement cessa d'en être un pour lui.
Le printemps d'après, le livre si attrayant du vieil Isaac Wal- ton ^ détermina Edouard à devenir « un confrère de l'hame^ çon m, — mais de toutes les distractions inventées ingénieusement pour le soulagement *des oisifs, la pêche es| la moins propre à amuser un caractère non moins impatient qu'indolent. La ligne de notre héros fut bientôt jetée de côté. La société et l'exemple, qui, plus que tout autre motif, maîtrisent et gouvernent le pen; chant naturel de nos passions, auraient pu avoir leur effet ordi- naire sur notre jeune visionnaire; mais le voisinageLoffrait.peu d'habitans, et les jeunes gens du canton, élevés chez leurs, pa- rons, n^étaient pas d'une classe à former les compagnons habi- tuels d'Edouard, et encore moins étaient-ils propres à exciter sou émulation dans ces exercices qui étaient l'affaire sérieuse de leur vie.
n y avait quelques autres jeunes gens d'na caractère plus libé- ral, et ayant reçu une meilleure éducation; mais notre héros se trouvait aussi, jusqu'à un certain point, exclu de leur société. Depuis la mort de la reine Anne, sir Everard avait renoncé à siéger au parlement, et à mesure que ses années allaient en augmentant et le nombre de ses contemporains en diminuant, il s'était retiré peu à peu de la société; de manière que> lorsque, en quelque occasion que ce fut, Edouard se trouvait avec quel- ques jeunes gens ayant le même rang et les mêmes espérances que lui, dont l'éducation avait été soignée, il sentait son infériorité en leur compagnie, moins faute de connaissances, que parce qu'il ne savait pas faire valoir celles qu'il avait acquises : une grande susceptibilité qui croissait chaque joui*, vint ajouter à ce dégoût du monde. L'idée réelle ou imaginaire d'avoir commis le plus léger solécisme en politesse était pour lui une angoisse ; car peut-être un tort bien constaté cause à certains caractères un
(i) The compieteangler, « te parfait pécheur. ».
Cet ouvrage n'est pas sei\letnent uye théorje de l'art Jp feUe pcche, il abonde en descrip^ tions faite» eon amore, • « '
i
50 WAVERLEV.
sentiment moins vif cle honte et de remords que celui, qu'ëprofuve un jeune homme modeste, susceptible et sans expérience, quatid îl croit avoir négligé l'étiquette ou mérité le ridicule. Là oîi nous ne sommes pas à Paise, nous ne saurions être heureux; il n'est donc pas surprenant qu'Edouard Waverley supposât qu'il n'ai- mait pas la société, et qu'il n'était pas fait pour elle, unique- ment parce qu'il n'avait pas contracté l'habitude d'y vivre avec aisance et satisfaction, de s'y plaire lui-même, et de savoir plaire aux autres.
Tout le temps qu'il passait avec son oncle et sa tante était tenipli par les récits cent fois répétés de la vieillesse conteuse. Cependant, même alors, son imagination, faculté prédominante de son âme, était fréquemment excitée. Les traditions de famille et les histoires généalogiques, texte fréquent des discours de sir Everard, sont l'opposé de l'ambre qui, substance précieuse par elle-même, renferme ordinairement des insectes, des fétus de paille, et d'autres bagatelles; tandis que ce genre d'études, tout insignifiant et frivole qu'il est, sert néanmoins à perpétuer la mémoire de ce qu'il y avait de rare et d'estimable dans les an- ciennes mœurs, et à conserver maints détails minutieux et cû- riei^x qui n'auraient pu nous être transmis autrement. Si donc le jeune Edouard bâillait quelquefois au froid catalogue des noms de ses illustres ancêtres et au récit de leurs mariages; s'il dé- plorait secrètement la longue et impitoyable exactitude avec laquelle le digne sir Everard rapportait les divers degrés d'af- finité qui existaient entre la maison de Waveriey-Honour et les puissans barons, chevaliers et écuyers auxquels elle était alliée; si, malgré toutes ses obligations aux trois, hermines passant, il maudissait quelquefois au fond duco^ur tout le jargon du blason, ses griffons, ses taupes, ses dragons, avec toute l'amertume d'Hotspur ^ lui-même, il y avait des momens où ces récits in- téressaient son imagination et le dédommageaient de son at- tention*
Les exploits de Wilibert de Waverley dans la Terre-Sainte,
(i) MoRTiMiR. Fi I cousin Percy , comme vou» contrari«2 mon pêrel
HoTftPUR. Je ne pois fkire aatrement ; il me met plus d'une fois en colère avec ses tanpeSj
•es fourmis, son dragon, ses poilsons sans nageoires, etc., etc. — '.SHAuniAaa}
Benrj IF,
Henry Percy , somo^mnë Hotspor (éperon-chaud), « cause de •« booillante impatteilGe» un dei iét9% tvtm de Sbaktpewe.
WaVèrIèt. 5,
sa longue abséhcè et ses périUeases ayentiitès, sk mort suppo- sée et soh i*t<mr inattenda, Ife soir même où la fianeëe de son cœur venait de s'mûr au héros qui Pairaît protégée contre lès insultes et Toppressibn pendant son absehce; la générosité avec laquelle lé croisé renonça à ses droits poul» aller chercher dans tm cloître voisin cette paix qui ne coimaft pas de fin (e); ces récits et d'autres enflammaient le cœur d'ÉdoUard et appelaient les lahnes dans ses yeux. Il h'éproùvait pas une émotion moins vive, lors({ue sa tante Miss Rachel, lui racontait les souffrances et le courage delady Alice WaveHey, jpendantla grande guerre civile, n régnait une expression plus majestueiise dans les traits jileins de bienveillance de cette respectable demoiselle, lors- qaelle racontait coihment Charles, après la bataille dé Worces- ter, avait trouvé uh'asHe d'un jour à Waverley-Honour, et com- ment, lorsqu'une ttpupe de cavalterie s'approchait pour visiter le château, lady Alice entoya son plus jeune fils avec une poi- gnée de domestiques, leur ordonnant de se faire tuer, s'il le fal- lait pour arrêter les ennemis du roi, au moins pendant une henné, afin que Châties eût le temps de se sauvera — Que Dieu lui soit en aidé I s'écriait Mis Rachel en arrêtant ses re- gards sur le portrait de cette héroïne : elle acheta assez cher le salut de soh roi au prix dé la vie de son fils chéri. On le trans- porta au château, prisonnier et mortellement blessé ; vous pou- vez voir encore les tfaces dé son sang depuis la porte de la grande salle, le long de la petite galerie, jusqu'au salon où il fiit déposé pour mourir aux pieds de sa mère. Mais il y eut entre la mère et le fils, un échange de consolations ; car il apprit par un regabd de sa mère que sa défense désespérée avait eu le succès qu'il en attendait. — Ah! je me rappelle très bien, con- tinUait-elle, avoir vu quelqu'un qui avait connu et aimé ce brave jeune homtne. MDss Lucy Saint-Aubin vécut et mourut fille pour l'amotar de Itd, quoiqu'elle fût une des plus belles personnes et un des plus riéhes partis du pays. Tous les hommes la deman- dèrent len mariage; mais elle ne cessa, jusqu'au dernier jour de sa vie, de porterie deuil pour son pauvre William, car ib étaient fiahcés, qaoique non mariés. Sa mort arriva...; je ne puis nie rappeler la date précise, mais je crois que ce fut dans le mois
' (x) tt tihé- Be ClUàlb» «pMi it bs^UIt ik Wotceiter tomt une partie clés «véoMaent niooottff d%M U roman d« WQçittoek^
4-
52 WAVERJ.EY.
de novembre de la même amiée. Sentant ses forces lui manquer, elle désira qu'on la conduisît encore une fois à Waverley-Ho- nour. Elle parcourut tous les endroits où elle s'était touvée avec mon grand-oncle ; elle voulut qu'on levât les tapis pour con- templer les traces de son sang; et si les larmes eussent été capa- bles de les efifacer, on ne les verrait plus. aujourd'hui; car il ne resta pas un œil sec dans toute la maison. Vous auriez cru, Edouard, que les arbres même pleuraient sur elle, car les feuilles tombaient autour d'elle, san^ qu'il y eût un souffle de vent; et dans le fait, elle avait tout l'air d'une femme qui ne devait plu3 les voir reverdir. .
Après avoir entendu ces légendes, Edouard se retirait à l'é- cart pour se livrer aux idées qu'elles faisaient naître en lut. Dans un des coins de la vaste et sombre j^ihliothéque, qui n'était éclairée que par les tisons qui achevaient de se consumer dans une immense cheminée, il pratiquait pendant des heures entières, cette opération de magie interne, qui met en action, et qui place en quelque sorte, sous les yeux du dormeur éveillé, des événe- nemens ) passés ou imaginaire3. Alors, il voyait se déployer devant lui une longue suite de visions splendides: le festin nuptial donné au château de Waverley ; , le maître de ce domaipe en costume de pèlerin, avec sa haute taille et son corps maigri , spectateur négligé des fêtes du mariage de son héritier supposé et dé sa prétendue; le choc électrique dont chacun fut frappé quand il fiit reconnu; le mouvement tumultueux des vassaux courant aux armes; la surprise du mari; la confusion et la ter- reur de l'épouse; le désespoir avec lequel Wilibert remarqua qu'elle avait consenti à ce mariage de cœur comme débouche; l'air de dignité, mais de profonde sensibilité avec lequel il fit rjentter dans le fourreau son épée qu'il avait à demi tirée, et sortit de la maison de ses ancêtres pour n'y jamais rentrer. En- suite, il faisait changer la scène, et son imagination, docile à ses désirs, lui offrait la représentation de la tragédie racontée par sa tante Rachel. Il voyait lady Waverley assise dans son bou- doir, étant tout oreille pour entendre le moindre son, le cœur tressaillant d'une double angoisse, tantôt écoutant l'écho qui re- pétait le dernier bruit des pas du cheval du roi, tantôt quand elle ne pouvait plus l'entendre, croyant distinguer dans le moindre souffle qui agitait les arbres du parC; le bruit loin-
WAVERLEY. 53
tain du combat. Soudain s'élève un murmure sourd comme la course impétueuse d'un torrent gonflé; il s'approche de plus en plus en plus, Edouard peut reconnaître le galop des chevaux, les cris et les acclamations des soldats, Tes coups de pistolet. Une troupe nombreuse se précipite vers le château. — Lady Alice se lève en tressaillant. — Un domestique effrayé accourt à elle. — Mais à quoi bon continuer une telle description?
Notre.héros trouvant chaque jour un nouveau charme à vivre dans ce monde idéal, toute interruption lui était désagréable. On donnait ordinairement le nom de Waverley-Ghase ^ au domaine spacieux dont le château était environné et qui excé- dait de beaucoup les dimensions d'un parc, ce n'était dans l'ori- gine qu'une forêt qui, quoique coupée par de vastes clairières, où venaient folâtrer les jeunes daims, conservait toujours son ancien caractère sauvage. Elle était traversée par de larges avenues à demi remplies de broussailles en bien des endroits, mais où les beautés d'autrefois avaient coutume de se placer pourvoir les lévriers courre le cerf, ou pouressayer elles-mêmes de l'atteindre d'une flèche. Dans un lieu remarquable par un monument gothique, couvert de mousse, qui avait conservé le nom de Halte de la reincy Elisabeth elle-^même, disait-on, avait percé sept chevreuils de ses propres flèches, c'était le rendez- vous favori d'Edouard Waverley. D'autres fois, avec son fusil et son épagneul, qui lui servait de prétexte aux yeux des autres, et un livre dans la poche, qui peut-être lui servait de prétexte pour lui-même, il suivait une de ces longues avenues, qui, après une montée de quatre milles, se rétrécissait peu .à j>eu ne for- mant bientôt plus qu'un sentier inégal et étroit, à travers le dé- filé rocailleux et boisé appelé Miriwood-Dingle ^, et s'ouvrait tout-à-coup sur un petit lac profond et sombre, nommé à cause de cela Mirkwood'Mere ^^ Dans les temps reculés, une tour so- litaire s'élevait sur un rocher presque entièrement entouré d'eau, et elle avait été nommée la Forteresse de Wavetiey^ parce que, dans des temps de péril, elle avait été souvent l'asile de cette famille.
(i) Chasses de Waverley.
(a) Mirkf dan» le dialecte des comtes da nord, si^^ifie sombre. {Uirki»ood^h(À% sombre.) Dingie signifie vallon entre des rochers.
(3) Mère , lac. Dans le» comtés de Comberland , de lYestmoreland , etc., ce mot dérive'
54 WAYEW-EY,
U, da^s }e^ guerres d'York et de Lancastrc, les 4prn}crs B^-^ tiaans de la Rose ftouge, qui osaient encore efi soutenir la cause, çoptiïiuèreijt une guerre d'escarmouches et de pillage, jusqu'à ce que la (Qr|«resse fat réduite par le fameux Richard de G^o- çe^ter ^ Là encore se maintint long-temps un parti de C^va- liw^ ^, commande par Nigel Waverley, frère aîné ^e ce Wil- liam dont Miss Racbel ^vait retracé le desti^i. C'était dans ces liçiji^, qu'^douarfl ^roait à « se livrer à des réfleiqons toi|r à tour douces pt amènes » ^ Là, semblal)le à l'eufant au milieu de ses joiyoux, }l faisait ym choix 4es figures et des emblèmes splen- dides, mai^, inutiles^ dont son imag^atioi^ était ifieubléfii pour en conipos^ dps visions aussi brillantes et aussi fugitives que cejles 4'vi^ ^^k d'été. Nous verrons dans le prochain chapitre Peffei; qiie prpdi;isit cette i|abitu4§ sur spii hmneur et so^oa- raçt^Fe.
CHAPITRE V.
Choix d*an état.
D'après les détails minutieux dans lesquels je suis entré sur les occupations de Waverley, et la direction inévitable Qu'elles avaient dû imprimer à son imagination, le lecteur croit peut- être que je vais lui offrir, dans Thistoire suivante, une imitation du roman de Cervantes; mais il ferait tort à ma prudence par une telle supposition. Mon intention Vest pas de marcher sur les traces de cet inimitable auteur, et de peindre comme lui cette perversion totale de l'intelligence, qui dénature les objets au mo- ment même où ils frappent les sens, je cherche à décrire cet
dtt taxon, Mt tyntmymt de lake f en Éeosie, c'est le mot loch qui le remplace. Grats Mère, Loch Loiwnd^ etc. (i) Richard m.
Ta) Les Cavaliers f nom des royaliste» dans les guerre» de la république. Mou» avon» dëja vu le titre de Tête Ronde donné aux républicains.
(3) Chewing the cud o/stveet and hitter/ancf.
Littéralement, ruminer sa rêverie douce et amère, Nou» citons le texte de cette phrase de Çhakipeare , parce qu'elle a fourni la m»liére d'un quiproquo, trivial d'ailleurs , dan» lin* troductitm de Quentin Durward, ^
W4VE?LLEY. kb
antre égarement d'esprit bien plus commun , qui laisse voir lef choses dans leur réalité^ mais en leur communicant une teinte de sop pourpre^ coloris romantique.
Edouard Waverley était si loin de s'attendre à retrouver dans les autres sa manière de voir et de seutir, et de conclure que Té- tât présent des choses était fait pour montrer la réalité des vi- sions auxquelles il aimait à se livrer, qu'il ne craignait rien tant que de laisser percer les sentimens qui étaient le fruit de ses rê- veries. Jl n'avait aucun confident a qui il pût communiquer ses réflexions, et il ne désirait pas d'en avoir; il en sentait si bien le ridicule > que sll avait eu à cb^oisir entre une punition qui n'eût rien d'ignominieux etlanécessité de rendre lui-même uu comptç froid et exact du monde idéal dans lequel il passait la plus grande partie de ses jours, je crois qu'il n'aurait pas balancé à se sou- mettre de préférence au châtiment. Cette vie retirée lui devint doublement précieuse, lorsque avec le cours des années il sentit l'influence des passions naissantes» Les créatures d'une gi^ce et d'une beaji^té parfaites commencèrent à jouer un rôle dans ses aventures idéales , et il ne tarda pas à regarder autour de lui pour comparer les femmes du monde réel avec pelles de SQuimat gination.
La listie des belles qui, chaque dimanche, déployaient leçrs atours beb4Qipadaires à l'église paroissiale de fFq^veHey, n'était ni nombreuse ni choisie. La plus passable étaif:, sans contredit. Miss Sissly, ou comme, elle préférait d'être appelée, Miss Ceci- lia Stubbs, fille 4e l'écuyer Stubbs , de la Grange. Je ne sais si c'était par le plus grand hasard du monde — phrase qui, sortie des lèvres d'une femme, n'exclut pas toujours la préméditation S ou par une conformité de goûts, que Miss Ceciliafîit souvent ren- contrée par Edouard, dans sesprom,enades fa.yoritesàtraversWaT yerley-Ghase. Il n'avait pas encore eu le courage de l'aborder, mais la rencontre n'avait pas^étç. sans produire son effet. Un amant romanesque est un idolâtre étrange, qui assez souvent ne s'inquiète pas de quel bois il forme l'objet de son adoration , et, si la nature a donné à cet objet une portion passable de charmes personnels, il joue aisément le rôle du joaillier et du derviche
■ . <»
(i) Malitmpr^p^nsBf préméditation. C'est ^un ^ ce»' terme» de loi qui révèlent la |irofe«< «ion de Tatileur , et qui avaient mis les curieux sur la voie pour l« duvàner matirè son awMigniie. <
S6 WAVERLEY.
du conte oriental^ , et trouve dans les trésors de sa propre| ima- gination de quoi la douer richement d'une beauté surnaturelle et de tous les dons inestimables de l'esprit. Mais avant que les charmes de Miss Cecilia Stubbs l'eussent positivement élevée au raiig de déesse ou placée au moins de pair avec la sainte de son nom *, Miss Rachel Waverley eut quelques soupçons qui la dé- terminèrent à prévenir l'apothéose prochaine. Les femmes les plus simples et les plus ingénues ont toujours (Dieu les bénisse), dans ces sortes d'affaires^ une pénétration d'instinct qui va queV quefois jusqu'^à leur faire découvrir des penchans qui n'ont ja- mais existé, mais qui manque rarement de remarquer tout ce cpii se passe sous leurs yeux. Miss Rachel s'attacha avec une grande prudence à éluder le danger plutôt qu'à le combattre ; et elle fit sentir à son frère qu'il était nécessaire que l'héritier de sa famille vît un peu plus le monde qu'il ne pouvait le faire en restant constamment à Waverley-Honour.
Sir Everard se refusa d'abord à une proposition qui tendait à le séparer de son neveu« Il convint qu'Edouard était un peu en- tiché de bouquins ; mais il avait toujours entendu dire que la jeunsse était le temps d'apprendrç, et sans doute lorsqu'il au- rait satisfait sa iîireur pour les lettres^ et garni sa tête de con- naissancés> son neveu se livrerait aux amusemens de la chasse et aux occupations" de la campagne. 11 avait aussi lui-même, disait- il > regretté de ne pas avoir consacré quelque temps à l'étude pendant sa jeunesse; il n'en aurait ni manié le fusil ni chassé avec moins d'adresse, et il aurait pu faire retentir la voûte de Saint-Etienne ^ de discours plus longs que ces Non ! pleins de chaleur, avec lesquels il s'opposait à toutes les mesures du gou- vernement, lorsque, sous l'administration de Godolphin, il était membre de la chambre des communes *.
Cependant les inquiétudes de la tante Rachel lui prêtèrent as- sez d^adrèsse pour parvenir à son but. Elle rappela que tous les
( i) Voyez le conte des Sept Amans, de Hoppner. (Nott de VAuteur.J
(a) Comme protestant, Tauleur traite une sainte catholique avec aussi peu de révérence <|U*une déesse mytholog^iqiie : il faut s'attendre à ces manifestations d'opinion reli^euse v> lisantun aulenr protestant. Du reste, grice pent-étre à la fameuse cantate de Drydeà, sainte Cécile est encore , même chez les Anglais , la patrone des musiciens.
(3) C'est dans la chapelle de SainuÉtienne que se tiennent les séances de la chambre des communes. Lesffon 1 les Oui 1 les hëar, h»ar ( Écoutez 1 Écoutezl ) y sont les mono- syUabes à l'usage des membres à qui le ciel a refusé le don de la parole.
(4) Godolpliin ( Sydney , comte de), grand trésorier d'Angleterre, fui ministre sous les Stuarle, qu'il abandonna depuis pour le prince d'Orange. (Voyez les Mémoires sur Svi/t.)
WAVERLEY. 57
représentans de la famille^ avant de se fixer au château de Wa- verley, pour le reste de leur vie, avaient voyagé en pays ëtran* ger, X)u servi leur pays dans Farmée ; et pour prouver la vérité de son assertion ; elle en appela à Tarbre généalogique, autorité que 'sir Éverard n'avait j'amais récusée. Bref, on proposa à M. Richard Waverley de faire voyager son fils sous la conduite de son gouverneur, M. Pembroke ; la libéralité du baronnet devant foamir convenableiiient aux frais du voyage, le père ne trouva lai-même aucune objection à faire ; mais en ayant parlé au ha- sard à la table du ministre, le grand homme prit un air grave, il en expliqua la raison en particulier. D'après les principes politi- ques de sir Everard il serait très imprudent, dit le ministre, qu'un jeune homme, qui donne de si flatteuses espérances, parcourût le continent avec un gouverneur choisi par son oncle, et qui le dirige- rait suivant ses instructions. Quelle serait la société du chevalier Edouard Waverley a Paris ? quelle serait sa société à Rome, où le prétendant et ses fils lui tendraient toutes sortes de pièges? — M. Waverley devait peser avec soin de telles considérations. Pour lui, il croyait pouvoir dire que Sa Majesté appréciait trop les ser- vices de M. Richard Waverley, pour que son fils, s'il voulait entrer au service pendant quelques années, n'obtînt pas une compagnie dans^un des régiraens de dragons revenus récemment de Flandre. On ne pouvait impunément négliger une telle proposition sur laquelle le ministre appuya ; et malgré la crainte de heurter les préjugés de son frère, Richard Waverley crut ne pouvoir éviter d'accepter la commission qui lui était offerte pour son fils. Il est vrai qu'il comptait beaucoup, et avec raison, sur la ten- dresse de sir Everard pour Edouard, et il n'était pas probable qtl'il lui fît un crime d'une démarche qu'il aurait faite par sou- mission à l'autorité paternelle. Il écrivit aussitôt au baronnet et à Edouard pour leur faire part de cette détermination. Dans la lettre à son fils, il se bornait à lui communiquer le fait, et lui in- diquait les préparatifs qu'il devait faire pour rejoindre son ré- giment ; mais dans la lettre adressée à son frère, il était plus diffus et employait plus de circonlocutions : il convenait avec lui, de la manière la plus flatteuse, cpi'il était convenable que son fils vît un peu plus le monde, et il exprimait presque avec humilité sa reconnaissance pour ses offres généreuses; mais il était désolé qu'Edouard fut malheureusement alors dans rim-
58 WAVERIiEY,
possibilité de suivre exactement le plan qpi avilit été tracé p^ son meilleur ami et son bienfaiteur ; il avait songé lui-même avec peine à Tinaction de ce jeune homme > à un âge où tous ses ^cê- tres avaient déjà porté les armes. Sa Majesté elle-même avait daigné s^informer si le jeune Waverley n'était pas en Flandre « à un âge où son grand-père ^Vjait déjà versé son sapg pO|ur soa roi, d^ns la grande guerre civile : cette (position ayait été sui- vie de Toffre d^ïie compagnie de cavalerie. Que pouvait-il faire ? Il n'avait pas eu le temps , de consulter Tinclination dç son frère, quand même il aurait pu penser qu'il trouverait quel- que objection à laisser suivre à son neveu la g}orieu§e carrièrp de ses ancêtres. Enfin, pour conclure, il ajoutait qu'Edouard, après avoir sauté avec une rapidité extraordinaire par-dessus les grades de cornette et de lieutenant, était maintenant le ca- pitaine Waverley dans le régiment ^e dragons de Gardiner, qu'il devait joindre dans ses quartiers à Duerde , ea Ecosse , dans le cours d'un mois.
Sir Everard Waverley reçut cette nouvelle avec un mélange d'émotions diverses. A l'époque où la maison de Hançvre létait montée sur le trône, il s^était retiré du parle9ient, et sa conduite, dans l'année mémorable 1715, n'avait pas été exempte de soup- çon. On avait parlé de revues secrètes de tenanciers à cheval fai- tes au clair de la lune» dans Waverley-Chase, et de caisses rem- plies de fusils et de pistolets, achetées en JHoUande et adressées au baronnet, mais qui avaient été interceptées par lia vigilance d'un officier à cheval de l'excise ^ > qui, en récompense de son zèle officieux, avait été berné dans une couverture, pendant une nuit ténébreuse , par une bande de vigoureux paysans : bien plus, on avait même dit que lors de l'arrestatioh de sir William- Wyndham, chef du parti des Torys, on avait trouvé dans la poche de sa robe de chambre une lettre de sir Everard; mais il n'y avait pas là d'acte positif de rébellion qui pût motiver une accusation contre lui, et le gouvernement, content d'étouffer l'insurrection de 1715 , avait cru qu'il n'était ni prudent ni sûr d'étendre sa vengeance plus loin que sm* les malheureux qui avaient ouvertement pris les armes.
(i) ]/excifte ou accise était dan» l'origine un impôt sur la coosommation , qui n'avait d'abord lieu que sur la bière cl le cidre, mais qui »'e»l bcaucou|,r e'tendu depuis 164 3, «impie 4^ loiiétKiylwyçniQic.
WAVBRLEY. SO
Sir^yefavd M {napifestait p^6 <4es craiitted p^rsoimeUeft qui parussent jp9tifier les bruits qui circolàieiit sur 9on c<Hnpte parmi les W{iigs du Toisinage. C'était une chose bien connue qu'il arait aidé de son arg9]nt les malheureux habitans de Northumber" laod^ et d'Ecosse > qui^ faits prisonniers à Prtstcm^ avaient été reutipripés dans les prisons de Newgate et.de Harshalsea; et c'é« taient sqn sc^Uciteiir et son conseil ordinaires ^ <fid s'étaient clergés de 1^ défense de quelques-uns de ces infortunés pendant leur pracès. Cependant on supposait généralement que si les mi* nistres avaient eu quelque preuve réelle de sa participation à la révolte , il n'aurait pas osé braver ainsi le gouvernement exis* tant, ou du moins qu'il ne l'aurait pas fait impunément. Les sen- timens qui, dans ce temps de troubles, avaient dirigé sa con» duite^ étaient ceux d'un jeune homme ; et depuis lors, lejmcùbi» èismc de sir Everard avait été en diminuant > comme mi feu qui s'étmtfante d'aliment. Iltrouvait> de temps entemp8> aux élec- tions et âœc sessions de chaque trimestre de quoi entretenir et manifester ses principes comme Tory> et comme membre de relise épiscopale-anglicaue; mais. ses opinions sar le droit hé- réditaire étûent tombées dans une sorte de désuétude. Cepen- dant il lui en coûtait erudUement de voir son neveu servir sous U dynastie de-Brunswidk; d'autant plus qu'indépendamment de l'importance que sa conscience attachait à l'autorité paternelle, il lui eût été impossible, ou du moins c'eût été une grande im- prudence d'interposer la sienne pour l'en empêcher. Cette con- trariété, dont il fut forcé de contenir l'expression, lui fit pous- ser plusieurs poohsi et plusieurs pshawsf * qui furent mis sur le compte d'ime attaque de goutte coinmcaiçante ; jusqu'à ce que s'étant fait apporter VAnnaaire mikiàiir, ^ le baronnet se consola en y trouvant les noms des descendans de maisons d'une loyauté éprouvée , tels que les Mordaunt, les GranviHe et les Stanley. Évoquant toutes ses grandeurs de famille et de gloire militaire , il conclut , avec une logique à peu près sem-
(i) Nous aurons l'occasion de définir les diverses dénominations deSj hommes de lot anglais et écossais. Les tribonanx anglais sont très multipliés , et les formalités judiciaires très compliquées. Les solliciteurs (jsoUicitors) sont une espèce d'avoués qui instruisent et suivent les procès aux cours d'équité. Aux tribunaux civils de "Westminsler, le procu- reur se nomme attomejr. Conseil «st ici synonyme d'avocat consultant.
(s) Interjections anglaises de mauvaise tmiomif • ■ • ^
(3) 17ie armf Usi.
60 WAVERLEY.
blable à celle de Fatstaff^ ^ que, lorsque la gaerre allait s'al- lumer, quoiqu'il pût être honteux d'embrasser tout autre parti à Texception d'un seul ^ il y avait encore plus de honte à rester dans rinaction f qu'à combattre pour le plus mauvais , quelque noir que pût le rendre l'usurpation. Quant à Miss Rachel> les choses n'avaient pas exactement tourné comme elle le désirait; mais elle fut dans la nécessité de se soumettra aux circonstan- ces. Elle fit diversion à ses regrets /en s'occupant de l'équipage de campagne de son neveu ; et se consola par l'espoir de le voir brilleren grand uniforme.
Edouard lui-même éprouva la plus vive émotion et la plus grande surprise, en lisant la lettre de son père. Ce fut, pour me servir des expressions d'un de nos beaux poèmes anciens, comme un feu mis à une bruyère qui couvre 'de fumée un coteau soli- taire, et qui l'éclairé en même temps d'une sombre flamme. Son précepteur, on, pour mieux dire, M. Pembrpke, car il prenait à peine le titre de précepteur, ramassa dans la chambre d'E- douard quelques fragmens de vers irréguliers, qu'il paraissait avoir composés dans les premiers momens de l'agitation que lui avait occasionnée la page qu'il allait tourner tout-à-coup dans le livre de sa vie. Le docteur, qui croyait à la bonté de toute pièce de vers composés par ses amis, et copiés en lignes régu- lières commençant par une majuscule > communiqua ce précieux trésor à la tante Racbel ; elle le lut avec ses lunettes^ humides de larmes, les plaça dans son cotnmon'place-booky ^ parmi des re^ cettes de cuisine et de médecine, de textes tirés de l'Ecriture- Sainte^ de fragmens de sermons de ministres de l'église épisco- pale-anglicane, et quelques chansons d'amour on jaeobites, €[u'elle avait chantées dans sa jeunesse. Cet essai poétique de son ne- veu fut tiré de ce recueil, quand il fut confié à l'éditeur indigne de cette histoire mémorable , avec d'autres titres authentiques de la famille Waverley. Si ces vers n'offrent point un grand in- térêt au lecteur, ils serviront du moins, mieux qu'aucun récit» à lui faire connaître l'esprit inculte et irrégiilier de notre héros.
(i) Dan» VEmuy IV de ShaktpenK.
(a) Mot à mot, livre cfe /teiu; commun $\ espèce d*album des dames anglaises de Tancien rë^me \ que conlinuenl quelques dames du nouteau.
WAVERLEY. 61
L'&»trt da jour de tes deraiert rayon»
De Miskwood Mère ëclairait les vallons -^
Uot du soleil , la pourpre du nuage ,
Sur l'e&u du lac se peignaient tour à tour,
Et son cristal rëfléchissait l'image
Du promoDtoire et du riant rivage.
Du roc allier, et de la vieiild tour
Dont les débris du temps portaient 1 a teinte ;
Sur œ limpide et fidèle miroir
Xa fleur des champs dessinai son empreinte ,
L'ailire voisin y faisait aussi voir
Ses bras touffus se couriiant avec grâce}
Les eaux «emblaient cacher sous leur surfiEice
Un antre monde , ou les cruels aoucis .
L'ennui.rongeur, ne pouvaient trouver place,
Qnoi^ie du nôtre ila nesmentpas bannis.
Mais des autans bientôt le lointain sifflement
Du lac encor tranquUle éveilla le génie,
Du ohâne il entendit le sourd gémissement ,
Et tel qu'un fier guerrier prenant sa panoplie
Qnand 1» bruit de» comhats l'appelle à son devoir ,
11 se lève k l'instant , revêt son manteau noir ;
Son front chargé d'écume en noirs sillons se creuse ,
Dés qu'il voit l'ouragan le presser de plus près j .
Il pâlit de fureur ; et sa tête orgueilleuse
De ses crins hérissés secouant les forêts , "^
il ordonne à ses flots de parler en tonnerre.
L'ordre est exécuté. L'onde s'enfle , lAugit,
La vague suit la vague et va frapper la terre ,
Et ce monde idéal, ce monde heureux périt.
Et pourtant pour mon cœur ce changement soudain Eut d'un plaisir étrange une source féconde. Tandis que l'ouragan faisut la guerre à l'onde , Debout sur cette tour , je sentais en mon sein Un mouvement secret , une voix qui ftans peine S'élevait pour répondre à ces mugissemens ; ' Mais tout en jouissant du choc des élemens. Je fegrettais là fin de cette aimable scène.
»
La vérité , des songes du jeune âge Dissipe aipsi la vaine illusion;- Elle déti*uit la douce vision l Dont se berçait la jeunesse peu sage ,
Comme a passé le brillant paysage Qui de ce lac naguère ornait les eaux. 1 Si leurs attraits un moment sont égaux ,
Même durée est aussi leur partage. De même encor l'imagination Voit s'échapper la séduisante image. Qui captivait son admiration ; Rêves d'amour, pouvoir si doux des charmes , Sont remplacés par l'honneur , par les iwines ' «
En simple prose, car peut-être ces vers ne le disent pas aussi clairement, Timage passagère de Miss Cecilia Stubbs s'effaça du
■
I
/i) L'auteur a voulu ici fiiw de la poéwe de jewie hemmtj mai» te début de ce morceau - pic' "- '--''*-
efltpîeindeerAce.
«9 WaverlèY,
cœur du capitaine Waverley, au ihiliéti dd trouble que ses nou- velles destinées y excitèrent. IlestTrai que le dimanche où il assista pour la dernière fois au service divin , dans la vieille église de sa paroisse. Miss CSecilia Stubhs se montra daiis toute sa splen- deur, dans le banc de son père ; et en cette occasion, Edouard, à l'invitation de son oncle et de sa tante , et, s'il faut dire la vé- rité, sans se faire beaucoup prier, se laissa déterminer à y pa- raître en grand uniforme.
Il n'y a pas de moyen plus sûr, pour ne pas avoir une trop haute opinion des autres, que d'en avoir en même temps une excellente de soi-même. Miss Cecilia avait employé tous les se- cours que Tart peut offrir à la beauté ; mais hélas ! lés paniers, les mouches, les cheveux frisés, et une robe neuve de vraie soie française, furent choses perdues pour un jeune officier de dragons qui portait pour la première fois son chapeau ga- lonnéy ses bottes et son sabre% Je ne sais si, semblable au cham- pion d'une ancienne ballade»
.11 ne brûlait que pour rhonnenr.i Vainement les yeux d'une belle Auraient voula tondier son cœur i II- e'tait de glace pour elle.
Ou si les brandebourgs brillans et brodés eà or, qui couvraient sa poitrine, défiaient l'artillerie dès yeux deiCéeilia ; mais aucun des traits qui lui furent lancés ne put l'atteindre.
Mais je Iris od tomba le trait de Ct^idon ; Certes , ce ne fut pas sur une fleur champêtre } Mais sur Jonat, la fleur des galans du canton, Le fils de Culbertfield , intendant de son maître' • •
Demandant pardon de mes vers héroïques, car il est des cas où je ne puis résister à ma verve, j'ai le regret d'annoncer le fait mélancolique que mon histoire doit prendre congé ici de là belle Cecilia qui, comme mainie autre fille d'Eve, après le départ d'Edouard et la perte de certaines illusions flatteuses dont elle
(i) Pour compi^endre ces vert, il est bon de sa?<rfr .qa*i1t sont la parodie de ceux où Oberon, interprète d'une des flatteries les plus adroites de Shakspeare, raconte, que la flèche de l'amour tie put atteindra le oceur duwte de la reûte iUnbetb \ et ittlà tomber sur une modeste fleur des champs , espèce 4^ violette (fiola grandi/lora)^ appelée en. anflftia ibmin indleness A'amourenlo{sir, ou Tamôur en oisiveté). Cétle fleur, manche jadis, est tachetée de rouge depuis cette époque.
Yojes h S9ng9 (Tiinc imt «Fêté, «ct« ii«
VAVÈtltEY. ^3
s'était bercée/se contenta tranquillement à*\xa pis-atier. Au bout de six mois elle donna sa main au susdit Jonas^ fils de Tinten- dani du baronnet ^ héritier de la fortune d'un intendant ! pers« pectiVe qui n'était pas sans attraits ; et qui avait de plus Ta- gréable probabilité de succéder à son père dans son emploi. Tous ces avantages ébranlèrent M. Stubbs^ et sa fille trouva un motif puissant d'accepter Toffre qu'on lui faisait^ dans les for- mes mâles et Tair de santé du prétendant. On fut donc moiils scrupuleux sur l'article de la naissance, et le mariage fut con- clu. Personne n'en parut plus satisfait que la tante Rachel qui> jusqu'alors^ et autant que le lui permettait son bon naturel, avait toujours regardé un peu de travers cette présomptueuse. Mais lorsqu'elle vit les deux fiancés à l'église , elle daigna hono- rer la jeune épouse d^un sourire et d'une révérence profonde, en présence du recteur, du desservant, du sacristain et de toute la congrégation des paroisses réunies de Waverley et de Bé- verley. ^
Je demande pardon, une. fois pour toutes^ à ceux de mes lecteurs qui ne lisent des romans que pour s^amuser, si je les fatigue si souvent ide cette vieille politique de JVhigs et de Totys, de jacobiUs et à^hanovriens; ^ mais la vérité est que je ne puis leur promettre que cette histoire, sans cela, serait intelligible^pour ne pas dire probable. Mon plan veut que j'explique tous les motifs d'après lesquels marche l'ac- tion. Or ces motifs prenaient nécessairement leur source dans les sentimens^ les préjugés et les partis qui existaient à cette époque. Je n'invite pas mes belles lectrices à qui leur sexe et leur impatience donnent le plus de droits de seplainr dre de ces détails^ à prendre place dans un char traîné dans les airs par des hippogriffes, ou marchant par enchantement j ma voiture est une humble . chaise de poste anglaise, à quatre roues et ne s'écartant] pas de la grande route royale. Ceux à qui cette voiture déplaira > pourront la quitter dès la première halte^, et y attendre le tapis merveilleux du prixicelSussein, où la
(i) L* paroisse de Beverley dépendant du redorât de VVaverley est desservie par un oaxue. On comprend la différence qu'il y a entre le reator et le curatt (desservant par procuration ou vicaire.) < * iUj • V
(a) JaèoinUi. 'p»rl*««i ^ Jettes ^Jicobué). Hànwritni, tarUttns do rttecteuir de
64 WAVERLEY.
guérite volante de Malek le tisserand. ^ Ceux qui consentiront à rester avec moi seront parfois exposés à l'ennui inséparable d'une route ratoteuse, de montagnes escarpées , de fondrières, et autres retards de ce bas monde. Mais grâces à des chevaux . passables et à un honnête conducteur (style des avis au public) ^ je m'engage à arriver le plutôt possible dans un pays plus pit- toresijue et plus romantique, si mes voyageurs veulent bien ^ patienter pendant mes premiers relais. ^
CHAPITRE VI.
Les adieux de Waverley.
Le soir de ce dimanche mémorable , sir Éverard entra dans la bibliothèque. Il faillit y surprendre notre jeune héros s'exerçant à l'escrime avec le vieux sabre de sir Hildebrand, qui, conservé Comme un précieux héritage , restait habituellement snspendu au-dessus de la cheminée, sous le portrait équestre du chevalier, dont les traits étaient presque entièrement cachés par une forêt de cheveux bouclés, comme le Bucéphale l'était par l'ample manteau de chevalier du Bain, dont le cavalier était décoré. Sir Éverard entra; et, après avoir jeté un coup d'œil sur le portrait et un autre sur son neveu, il commença un petit discours qui retomba pourtant bientôt danslasimpilicité naturelle de son ton ordinaire. Mon neveu, dit-il; mais il s'arrêta comme pour corriger sa phrase, et dit : Mon cher Edouard, vous nous quittez pour adopter la profession militaire dans laqudle un. si grand nombre de vos ancêtres se sont distingués; c'est la volonté de Dieu et celle de votre père à'qui c'est votre devoir d'obéir après Dieu. J'ai fait toutes les dispositions nécessaires pottr que vous puissiez entrer en campagne commis il convient au descendant et à l'héritier probable des Waverley* J'ose espérer, monsieur, qu'au champ d'honneur vous vous rappellerez quel nom vous portez. Edouard!
(i) Mille et um nmts*
(a) Oi^ remarqua encprQ dans ce chapitre, le »ly1e comique t\ fig;urv des cli^reMÎôn» de FieldiDÇ.
WAVERLEY. 65
mon cher enfaiit! soiivehez-vous aussi que vous êtes le demierde celle race; qiie c'est sur vous seul que repose l'espérance de la Toir se .perpétuer. Évitez donc les dangers, — je veux dire les dangers inutiles-^ autant que le devoir et l'honneur vous le per* mettront. Fuyez la société des libertins, des joueurs etdes Whigs, dont il est à craindre que vous ne trouviez qu'un trop grand nombre au service auquelvous allez entrer. Votre colonel, m'a* t-on dit, est un excellent homme pour un presbytérien* Mais vous n'oublierez jamais vos devoirs envers Dieu, envers l'Église Angli- cane. ;..—^ Ici il allait ajouter, selon la rubrique, ces mots, et envers le roi, mais conune, par malheur ce mot renfermait un double sen& fort embarassant, l'un s'appliquant au roi de fait y et l'autre au roi de droite le chevalier termina autrement sa phrase et ajouta à l'Église Anglicane, toutes les autorités consti- tuées. N'osant se lancer dans un plus long discours oratoire, il conduisit Edouard dans les écuries pour lui montrer les chevaux qu'il lui avait destinés pour son entrée au service. Deux étaient noirs, couleur adoptée par le régiment; c'étaient de superbes chevaux d'escadron; trois autres également viCs et (orts. étaient pour la route ou pour les domestiques. Deux de €ei;ix du château devaient l'accompagner; et s'il lui en fallait un troisième, 11 pourrait le choisir en Ecosse.
— Vous vous mettrez en route, dit le baronnet, avec mie suite bien modeste, comparée à celle de sir Hildebrand, lorsqu'il passa «1 revue devant les portes du château, un corps de cavalerie plus nombreux que votre régiment tout entier ! J'aurais désiré que les vingt jeunes gens de mes domaines qui se sont enrôlés dans votre compagnie eussent fait route avec vons jusqu'en Ecosse, c'eût été quelque chose au moins; mais on m'a dit que ce cortège serait rçgardé comme inusité de nos jours, où l'on cher- che par tous les moyens possibles à briser les liens naturels de dépendance qui attachent le vassal au seigneur. . Sir Éverard n'avait rien négligé pour obvier à la coutume contre nature du temps. Il avait en quelque sorte doré la chaîne qui devait unir les recrues et leur jeune capitaine, non seulement par un copieux repas d'adieu, où le bœuf et l'aie ne furent pas ménagés, mais encore par un don pécuniaire plus propre à entretenir le gpût de la bonne chère pendant la route (pie la discipline. Après avoir inspecté la cavalerie, sir Everard reccMi-
«6 WAVERLEY.
dni^t^on neveu dans la bibliothèque, où il lui remit ime lettre pliée avec adin, entourée, suivant Fusage ancien, d'un petit écheveau de soie écrue, et scellée d'un cachet bien empreint , portafit les armes de la famille dé Waveriey. CSette épitre était adressée avec toute l'étiquette du temps ; ^^ A Costne^omyne Bradwafdine, écm/erde BmdwanUncen ta principale demeare de TuUxfrVecian, dans h Pêrihshift, NarA^BrUain ^ ; pour bti ilm remis par Èdcwird îf^averièy, neveu de sirEvemrd fFaveHey^ Honùurj^ baronne^
Le giôntilhomme désigné dans cette longue adresse, et dont nous aurons occasion de parler plus amplement parla suite, avait pris les armes en 1715 pour les Stuarts eiilés, et avait été fait prisonnier à Preston, comté de Lancastre. Il était d'une fomiUe très ancienne, mais sa fortune était un peu embarassée; c'était un savant à la manière des Écossais, c'est-à-^ire sa sciemse était plus diftise qu'exacte : c'étaitplutôtun &>€iirqu'ungrammairien. n avait donné, disait«oil, un exemple rare de son amour pour les auteurs classiques. Sur la route de Preston à Londres, il était parvenu à s'échapper de ses gardes, mais ayant été trouvé en- suite rodant près de l'endroit où il avait couché la veille; il fut reconnu et arrêté de nouveau. Comité ses camarades, et même les soldats qui l'escortaient^ étaient surpris de son infatnation, et ne purent s'empêdier de loi demander pourquoi, étant une fois en liberté, il n'avait pascherché à gagner an plus vîte un lieu de sûreté, il leur répondit que c'était bien son projet, mais que de bonne foi il était revenu pour chercher son Tite^Live qu'U avait oublié dans la précipitation de sa fidte (jg).
Ce trait de simplicité firappa l'homme de loi qui, comme nous l'avons déjà dit avait conduit la défense de quelques-uns de ces infortmiés, aux frais de sir Everard, et peut-être de plu- sieurs autres. Il était lui même grand admirateur de l'historien de Padoue, et quoique probablement son zèle ne l'eût pas em- porté à un tel degré d'extravagance, eût-il été question de recou- vrer le Tite-Lîve de Sweynheim et de Paraiî^rtz (qui passe pour èXxeVeditio princeps). Il n'en estima pas moins l'enthousiasme de l'Ecossais, et il s'évertua si bien pour découvrir des vices àe forme dans la procédure, pour écarter et atténuer.les dépositions
(i) iomi
9té
WAVlBIiKr. 67
à cM^ge» et eâinu, qn^il réussit à sauver CQiae<£oaiy])tt %mA* wardioe de 4sertaîiies conséquences très désagréaÛes 4'iuip sfition portée devant notre souverain seigneur le roi, aux cours de Westminster»
. Le baron de ftradwardine, comme on l'appelait généralement en Ecosse, quoique ses amis lui donnassent ordinairem^it le mm de TuUy«Veolany et plus Camilièrement celui de Tully \ ne fiit pas plutôt rtctas in curiâ ^, qu'il se rendit en poste* au chateaii de Waverley-Himour, pour présenter ses respects et ses reiper* ^eméns à sir Éverard. Une même passion pCMir la chasse et une conformité générale d'opinions politiques, cimentèrent leur amitié, malgré la diCEérence de leurs habitudes et de leurs études sous d'autres rapports. Après un séjour de plusieurs sem»nes, Bradwardine prit congé 4e sir Everard, avec force protestations d'estime, et en pressant avec instance le baronnet de lui rendre sa visite, pour chasser avec lui la grouse ^ , dans se3 bruyères du comté de Perth. Peu de temps après, M. Bradwardine en- voya d'Ecosse une somme en remboursement des fraià dç son procès devant la haute-cour du ro; k Westminster, Qupiquç cette somme, réduite en valeur d'AngIef;erre, ne parût plus aussî forte qu'elle l'était en sa forme primitive de pounds, shillings e% pence d'Ecosse ^, elle fit une impression si terrible sur Duncau il)acwbeeble , le facteur confidentiel du laird ^ , son baron-
^i) Hy apeat-tftre une intention dVquivo^e classique dons ce dernier smDomfamiilier^ car Us Ani^lais donnent soQvent à Cicéron (Tulius Cicero^ le nom famiUier de TuDyj on pli&lât l'autear a préparé l'équivoque en donnant à dessein le nom ima^naire de Tully-Veolan au ch&leau de Bradwardine. Ces noms caractéristiques sont fréquens dans lea comédies et le» romans chez les Anglais.
{li) C'est-à-dîré fiors de cour, justifié au tribunal.
\Z) Espèce de g^élinotte on coq de hnxyèn particulier k .UEcmm et aux comtes du nord de l'Angleterre. C'est le tetrao S£oticus,de Linnée. On 1« nomme en écossais grouse , et aussi moor/oipl, oiseau des bi-uyéres*. Un moor est une bruyère sauvage , ipielquefois pier- reuse et queltpefois coupée de fondrières. A son tiîre d'habitant de» HigÛends , le tetrvo scoticus mérite bien une mention particulière. Il diffère essentiellement du ptarmigan pt| tetrao lagopus (le lagopède) , Celui<i est presque blanc et habite les cime» des montagnes , tandis que le tetrao scoticus ne fréquente que les moors -^t le -fond des g^ens (vallon if ré- gulier entré deux montagnes). Son plumage est sans mélange de blanc , d'un bean brun mordoré, avec de légère» bkndes de noir, etc. La cbair de' la grouse est Missi blepi pi&s délicate que celle du ptarmigan. (Cel oiseau encore une fois mérite d'être signalé dans le commentaire des œuvres d'un poèle'>cha8seur tel que Vauiettr de fFaverlej,
(4). La livre d'Ecosse n'est que la vingtième partie de la livre sterling ou d'Angleterre : un ponnd d'Ecosse ne vaut donc qu'un shelling.
(5) Laird. Ce mot est évidemment le même, que celui do lord ; mais il est devenu spécial pour de'signer un propriétaire seigneurial d'Ecosse , et il répond assez souvent an mol et au rang de squire^ seigneur de campagne. Sir- Walier Scott a défini lui-même daps un article de critique le laird une variété écossaise du squire-genus dn^core squire. Laird est ^nriquefris synonyn^e de cAiV/dans les HijghIi^Dds« II y a en Ecosse de» lords et 4^ laîrdsf
' ' " ■ 5. -
68 WAVERLEY.
baiU.i ^ et son homme de ressources, qu'il en eût un accès de colique qui dura cinq jours, et occasionné , dit-il , uniquement et entière- ment par la douleur d'être lemalheureuxinstrument destiné à£sûre sortir tant d'argent de son pays natal, pour être versé dans les mains de ces perfides Anglais. Mais si le patriotisme est le plus beau des sentimens, il est souvent un masque très suspect; plu- sieurs personnes qui connaissaient le bailli Macwfaeeble, étaient persuadées'que ses regrets n'étaient pas tout-à-fait désintéressés, et qu'il aurait moins regretté l'argent payé aux marauds de Westminster, s^il n'était pas provenu du domaine de Bradwar- dine, dont il était accoutumé à regarder le revenu comme sa propriété plus particulière; mais le bailli protestait de son désintéressement absolu :
Je gémis poar l'Ecosse et non pas pour moi-même.
Quant au laird, il se réjouissait d'avoir remboursé les sommes que son digne ami, sir Everard Waverley Waverley-Honour, avait payées pour le compte de la maison de Bradwardine. Il y allait, disait-il, de Thonneur de sa propre famille et de tout le royaume d'Ecosse, que ces avances fussent remboursées prpmp- tement, et le moindre retard serait une honte pour sa nation. Sir Everard, accoutumé à regarder avec indifférence des sommes bien plus considérables, reçut 294 liv. 13 s. 6 d. *, sans se douter que ce paiement fut une affaire entre deux nations ; et probaMement il aurait même entièrement oublié cette circon- stance, si le bailli Machwheeble avait pensé à soulager sa colique en interceptant ce subside. Depuis lors, il s'établit entre Wa- verley-Honour et TuUy-Veolan l'échange annuel d'une courte lettre, d'un panier et d,'un baril ou deux. L'exportation anglaise consistait en énormes fromages, en bière excellente, en faisans et venaison. L'Ecosse, en retour, expédiait des grouses, des lièvres blancs, clu saumon salé et de l'usquebaugh^. Tous ces dons étaient envoyés et reçus réciproquement comme des gages d'une amitié constante entre ces deux nobles maisons : il était donc
mais lard se prononce comme laird , thème quand H signifie nn milord. Le simple laîrd est toujours le possesseur d'un domaîpe. U y a encore le mot cocklaifd, qui équivaut à celiû de gentleman /armer.
(i) Le barôa-hailli est gagent d'un propri^aire baron, un véritable vice baron par ses fonctions dans le bourg-baronnie.
{•t) ao 4 livres 1 3 sbellings et 6 pence xtorZm^.
^3) D^ peur qu'on ne confonde Tusquebaë avec le scubac , nous dirons que Tusquebaugh et le whisky sont la même chose, et que le whisky est une eaa*deovie d'orge fermentée.
WAVERLEY. 69
natorel et conTenable que l'héritier présomptif de Cdle de Wa» yerley ne partît pas^pour visiter l'Ecosse sans lettres de créance pour le baron de Bradwardine.
Cette affaire une fois réglée et terminée, M. Pembroke mani- festa le désir d'avoir une entrevue particulière d'adieu avec son cher élève. Le brave homme mêla ses préjugés politiques aux exhortations qu'il adressa à Edouard pour^lui recommander une conduite pure, une morale sévère, la constance dans ses principes de religion, et le soin d'éviter la compagnie profane de railleurs impies et des latitudinaires S qui n'étsdent que trop nombreux à l'armée. — Le ciel a voulu, dit-il, en punition sans doute des péchés de leurs ancêtres en 1642 ^, que les Ecossais restassent dans un état plus déplorable de ténèbres que même ce màlheup reux royaume d'Angleterre. Ici du moins, ajouta-t-il, quoique le canddiàbre de l'Église Anglicane ait été, en quelque sorte, oté de sa place, il fournit encore une lumière vacillante; il existe encore une hiérarchie, quoique schismatique, et s'écartant des principes maintenus par ces illustres pères de l'Eglise Sancroft ^ et ses frères; il existe une liturgie, quoique cruellement pervertie dans quelques-unes des principales prières; mais en Ecosse» tout est ténèbres; excepté quelques tristes restes épars, désolés et persécutés des fidèles, les chaires sont abandonnées aux presby- riens, et, comme il le craignait, anX sectaires de toute espèce. Il était donc.de son devoir de fournir à son cher élève des armes pour résister à tant de doctrines impies et pernicieuses,, en fait de gouvernement et de cult^, qu'il serait forcé malgré lui d'entendre de temps à autre.
Ici M. Pembroke lui'présenta deux énormes paquets qui sem« blaient contenir chacun une rame entière de papier couveft d'une écriture très serrée. C'était le travail de toute la vie du digne homme, et jamais temps et peine ne furent perdus d'une manière plusabsurbe.- Il avait fait une fois le voyage de Londres, dans l'intention de publier ce manuscrit par l'intermédiaire d'un
(i) Sectaires prolestans auxqaeU on attribuait tles principes peu sèvèrds , et qui croyaient qu'on pouvait se sauver dans toutes les sectes.
fa) Les Écossais sont accusés d'avoir trahi et vendu Charles I. 2
^3) Sancroft, archevêque de Cantorbéry en 1677. En 1678 ce prélat et six de ses suf- frag;ans furent envoyés à la Tour pour avoir présenté au roi unejfêtition contre la prétendue déclaration de conscience de Jacques II , (lernier acte de la politique jésuitique qui acheva la ruine de ce prince. Mais après la révolution de 1688, Sancroft refusa d'adhérer à l'usur- pationr du prince d'Orange.
70 WAfEKLKf.
libi'aii^ de b Petite^Bretâgne ^ , très ùcmn peur vioiAre en sortes d'ouvrages; et on lui avait recommandé de l'aborder avec une phrase particulière et un certain signe qui, à ce qu'il paraîtf étaient alors compris des jacobites initiés. A peine M. Pembroke eut-il prononcé le Shibboleth ^ avec le geste convenu, que lè bibliopole le gratifia, malgré ses réclamations mod^tes^ du titre de docteur, s'empressa de le conduire dans son arrière-'boutique; et, après avoir inspecté tous left coins où il était possible oti impossible de se cacher, il commença ainsi : — Eh! dcfcteiirl •"— Ëh bien? — Tout est ici sous la rose^. — Il n'y a rien à craindre. ' — Je ne laisse pas ici un seul trou d^uis lequel pourrait se fourrer même un rat hanovrien. — Eh bien, quoi? — ^Quelles bonnes nouvelles de nos amis de l'autre c&té de l'océan? Gomment se porte le digne roi de France? — Ou peut-être venez*vous de Rome? car il faut que Rome agisse enfin; — Il faut que l'Église ralume sa chandelle à la vieille lampe. -—Eh bien! — • Quoi? encore sur la réserve? Je ne vous en aime que mieux. Mais, pas de craint.
Ici M. Pembroke interrompit, non sans quelque diffiôiilté, un torrent de questions accompagnées de signe» de tête, de gestes et de coups d'œil significatifs. Ayant enfin convaincu le libraire qu'il lui faisait trop d'honneur en le prenant pour un émissaire du roi exilé, il lui expliqua sa véritable affairé.
L'hotnme des livres, avec un air plus calme, procéda à l'exa- men des manuscrits. Le premier avait pour titre : — Dissidence dés Dlssidens, ou la Compréhension réfutée, démontrant fimpos* sibiUté d^aucun compromis entret Eglise ettes Puritains, Presbyte* riens ôu sectaires quelconques; avec lés preuves tirées des Ecritures, dés Saints-Pères et des meilleurs théologiens cohtroversistes ^.
(i) On Appelle tiuU'Britain oh de» plus aacicDs qaartiert de Lmadres dan» les envi- ron» de Saint* Paul ; c'est sur les limites de la Petite-Bretagne que sont les rues de Pater nôtter ro» et de VÀve Varia^ où de temps immémorial oot réside' les librures de Londres» dont plusieurs aujourd'hui , -ont émigra, il est vrai, dans de plu» beaux quartiers.
(a) Mot hébreu signifiant épi de blé et aussi torrent. Pour reconnaître les hommes d'Ephraïm, ceux de Gilead leur faisaient dire ce mot^ et s'ils prononçaient le sh "comme s, ils étairat égorgés. Dan» un sens figuré Shib'boleth signifie donc un mol d'ordre»
(3) Under the rose est une phras'e proverbiale très usitée, qui signifie, en secret. L'ori- gine de ce proverbe vient sans doute de ce que chex le» anciens la rote était consacrée à Harpocrate , le dieu du silence { on l'employait donc »ottvent dans les sculptures et les pla- fonds des chambres où l'on recevait leg hôtes , pour signifier que tout ce qui se disait dans ces lieux était tenu secret.
(4) Noos diÀntroas le texte de ce titre et du suivant , en faveor des anateors qui pmtr- rnnt trouver en bouquinant quelque» livres analogue» à ceux auxquels l'aotaor fait 1
WAVBRLKY. 7 1
Le libraire ftt des objeetions positives contA cet' miTfage'. fionnea inténtionsy dit-il, très savant sans doute, mais le temps est passé» — Imprimé en philosophie ^ , il ferait au moins huit cents pages, et ne rendrait jamais les frais. Veuillez donc m'excuser. — J'aime et je respecte la véritable Église du fond de mon âme, et si c'était un sermon sur le martyre, — un petit pamphlet à 12 pence, je hasarderais quelque chose pom^ l'hon- feieur de votre robe. Mais voyons Fautre.... Le droit héridiiairt démontré. — Ah! il y a quelque sens à celui-ci. Hum, hum, hum! — Tant de pages; - — papier, tant; — impression*, tant. — Ah! ' — Je veux voifâ dire, docteur; vous devriez élaguer un peu les citations grecques et latines, car c'est lourd, docteur, c'est dia- blement lourd! — Je vous démande bien pardon, — il faudrait aussi y jeter quelques grains de poivre. — Je n'ai jamais aimé à critiquer mes auteurs. — J'ai imprimé Drake et ÇharlVood- Lawton, et le pauvre Amhurst {h), ah! Caleb, Caleb! c'était une honte de laisser mourir de faim le pauvre Caleb j Et nous avons parmi nous tant de gras recteurs et de riches écuyers! Je lui dotmaisà dîner une fois par semaine; mais. Dieu vous, aime, qu'est-ce qu'un dîner par semaine, quand un homme ne sait pas ou aller pendant les six antres jours? — Eh bien, docteur,, je montrerai votre manuscrit au petit solliciteur Tom Alibi, qui est chargé de toutes mes affaires contentieuses. — ^11 ne faut pas aller contre le vent, La. canaille Ait très peu polie la dernière fois que je passai dans la cour du vieux palais. — Il ne s'y trouve que des Whigs et des Tétes-Rondes, des Guillaomistes et des rats d'Ha- novre ®.
Le lendemain, M. Pembroke retourna chez le libraire-éditeur qui lui dit que Tom Alibi lui avait conseillé, de ne pas faire cette entreprise. Ce n'est pas que je ne consentisse volon- tiers, pour le bien de l'Église à aller — qu'allais-je dire? — à aller aux colonies '. Mais, mon cher docteur, j'ai une femme et
t A difs9Ht/rom dissenten , or the compréhension eonftUedi showing the impoisibitiijr o/anj composition betwen the Church and Puritans , Presbitarians or Sectaries of anjr description ; illustrated from jthe Scriptures , the Fathers of the Church and tù soundest controversialeUvines. >.
(i) Small-Pica^ terme d'imprimerie. C'est le nom d'un caractère qui éqaiviMit à celui qu*on appelle />A47Ô«o/}/^ie' dans le langage delà typographie françai»e.
(a) Expression dont lesquire Western se sert souvent pour caractériser les Wiçhs dan» Tom Jones.
(3) G'est-à-dirc à être condamne' à la dôportalion.
7 2 WAVERLEY,
•
d«s enfans. Gependaut, pour vous moutrer mon zèle, je recom- manderai votre affaire à Trimmel, mon voisin; il est célibataire, et va se retirer du commerce; de sorte qu'un voyage aux c;olonies occidentales ne serait pas un grand inconvénient pour lui. — ftlais M. Triinmel fut aussi intraitable; M. Pembroke, heureuse* ment peut-être pour lui, fut obligé de retourner à Waverley- ilonour en remportant sain et sauf, dans ses sacoches, son traité en défense des véritables principes fondamentaux de FÉ^iseet de l'État.
Comme, selon toute apparence, le public était menacé d'être privé du bienfait de ses élucubrations^ par la lâcheté égoïste des libraires, M. Pembroke résolut de faire une seconde copie de ces formidables manuscrits pour l'usage de «on élève. Il sentait qu'il avait été indcflent conune précepteur, et de plus sa con- science lui reprochait d'avoir cédé à la prière que lui avait faite M. Richard Waverley, de ne pas inculquer à son fils des prin- cipes opposés à ceux du gouvernement civil et religieux actuel. — Maintenant qu'il n'est plus sous ma tutelle, se dit-il, je puis, sans manquer à ma parole, lui fournir les moyens de juger par lui-même, et je n'ai à craindre que le reproche , qu'il peut me faire de lui avoir caché si long-temps la lumière que cette lec- ture va faire jaillir à^ses yeux. -— Pendant qu'il se livrait ainsi à ces rêveries d'auteur et de politique, son cher néophyte, ne trouvant rien de bien attrayant dans les titres des deux traités , effrayé d'ailleurs de la masse compacte et des lignes serrées de ces manuscrits,les déposa tranquillement dans un coin de sa malle.
La tante Rachel fit ses adieux en peu de mots, mais très affectueusement. Elle se contenta 'd'.iûviter son jeune Edouard , dont elle croyait probablement le cœur un peu susceptible, à se tenir en garde contre les charmes séducteurs ;des belles de l'Ecosse. — Elle convint qu'il se trouvait dans la partie septen- trionale de la Grande-Bretagne quelques anciennes familles; mais elles étaient toutes whigs et presbytériennes, àTexception des Montagnards; et quand à ceux-ci, elle devait dire que les dames ne pouvaient avoir beaucoup de délicatesse dans un pays où le costume ordinaire des hommes était, comme on l'en avait
* • • • ■
assurée, fort singulier, et très peu décent ^ Elle termina ses
( i) Allasion à l'absence de ce vêlement que la pudeur anglaise appelle les inexprimables^
WAVERLEY. 73
adieux au jeune officier en lui donnaul sa bénédictioii avec une touchante bienveillance, et lui remit en même temps une bague enrichie de diamans, ornement que le sexe masculin portait fiouy^it à cette époque, et une bourse remplie de ces laiiges
pièces d'or qu'on voyait plus communément il y a soixante ans»
4|ue de nos jours ^
CHAPITRE VIL
Ganiison de cavalerie en Ecosse.
Le lendemain, Edouard, agité de divers sei^timcns, parmi lesquels dominait une inquiétude qui avait quelque chose de solennel , en se trouvant , en grande partie , abandonné à lui- même, partit du château, au milieu des bénédictions et des larmes de tous les vieux domestiques et des habitans du village ; on lui remit aussi quelques pétitions adroites pour obtenir des grades de brigadiers, de maréchaux-des-logis , etc. Les pétitionnaires déclarant qu'ils n'auraient jamais consenti à laisser partir comme soldats , Jacob , et (jiles , et Jonathan , si ce n'eût été i)our accompagner Son Honneur^, comme c'était leur devoir. Edouard, comme (Celait aussi son devoir ^ se débarrassa des pétitionnaires avec des promesses; mais il en fit moins cependant qu'on n'au- rait pu l'attendre d'un jeune homme qui connaissait si peu le monde. Après avoir fait une courte visite à Londres, jil conti- nua sa route à cheval , manière de voyager, alors générale, jus- qu'à Edimbourg, et de là à Dundee, port de mer sur la côte orientale du comté d'Angus, où son régiment ét^it alors en quartiers.
Il entrait dans un autre monde, où tout lui parut d'abord charmant, parce que tout était nouveau. Le colonel Gardiner , qui commandait le régiment, était lui-même une étude pour un
(i) Trait contre l'abondante émUsion (hi papier monnaie et la rareté de l'or en Angleterre, a l'époque où rauteur écrivait. <
(2) On i\\i y otre Honneur y Son Honneur y en Anglelerre, dans le même sens qu*«n espagnol on dit , Voire Grâce, Vuelera Merced, Nous dison» en francai» Votre Seigneurie; mais nous attachons alors plus d'importance à celte expression.
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jetme homme non moins curieux que romanesque! Hétédt girand, bien fait et très actif, quoique déjà d'un âge un peu avancé; il avait été dans sa jeunesse ce qu'on appelle , par ïnanière d^ palliatif, un jeune homme fort dissipé- En religion, il avait vécA dans le doute , sinon dans l'iïicrédulité , avant qu'une conversion soudaine eût donné à son esprit une tournure sérieuse et même enthousiaste; il circulait plusieurs histoires étranges à ce sujet. On se disait à l'oreille qu*une communication surnaturelle, et d'une nature visible même aux sens.eXftérieurs , avait produit ce changement merveilleux ; et quoique quelques individus par- lassent dit prosélyte comme d'un enthousiaste , personne ne donnait à entendre qu'il fût un hypocrite. Cette circonstance singulière et mystérieuse donna au colonel Gardiner un intérêt particulier et solennel aux yeux du jeune militaire, (t) Il est aisé de se figurer que , sous un chef si respectable , les officiers du régiment formaient une société plus tranquille et mieux ordon- née qu'elle ne l'est ordinairement dans uh corps militaire, et que Waverley se trouva préservé de quelques tentations auxquelles il aurait pu être exposé sans cela.
Cependant il avança dans son éducation militaire. Déjà bon cavalier, il fut alors initié dans l'art du manège, qui, porté à la perfection, réalise presque la fable du centaure; les évolutions du cheval paraissant plutôt la suite de la volonté de celui qui le monte, que l'eCTet d'un signe extérieur et visible pour diriger ses mouvenaens.
Il reçut aussi des instructions sur les. devoirs qu'il aurait à remplir quand il serait en campagne ; mais je dois avouer que lorsque sa première ardeur fut passée , ses progrès furent moins rapides qu'il ne l'avait désiré et espéré. Les devoirs d'un officier, les plus imposans de tous, aux yeux de ceux qui ne les connais- sent pas, à cause de l'appareil extérieur qui les accompagne; ne \ sont au fond qu'une tâche sèche et abstraite , dépendant princi- palement de calculs arithmétiques qui demandent beaucoup d'at- tention, et exigent une tête capable de raisonner froidement pour les mettre à exécution. Noire héros était sujet à dès dis- tractions pendant lesquelles ses bévues tantôt faisaient rire, tantôt lui attiraient des reproches. Cette circonstance lui fit sentir péniblement son infériorité dans les qualités qui semblaient surtout mériter et obtenir l'estime dans sa nouvelle profession.
WAVERLEY. t&
Il se demattdftlt eu yaiii pourquoi son œil ne jugeait pas aussi bien les distane^s 6t l'espace que celui des autreaf officiers ; pourquoi il ne réussissait pas toujours à démêler les diyers mouvemens partiels nécessaires pour exécuter une évolution particulière ; pourquoi sa mémoire y en tant d'occasions , si fidèle, ne pouvait retenir les mots techniques ni les détails de Tordre et de la discipline. Edouard était naturellement modeste : il n'avait donc point la sotte présomption de croire que ces détails minu- tieux des devoirs militaires, fussent indignes de lui, et qu'il fût né général, parce qu'il ne faisait qu'un subalterne médiocre. La vérité était que les lectures vagues, et sans résultat satisfaisant, qu'il avait faites, agissant sur un caractère naturellement dis- trait et concentré, avaient donné à son esprit une habitude d'hé- sitation et d'indécision, qui n'est nullement propre à fixer l'attention sur l'étude. Cependant il ne savait que faire de son temps.
Les gentilshommes du voisinage , étant mal disposés pour le gouvernement, montraient peu d'hospitalité aux militaires; et les bourgeois de la ville , principalement occupés d'affaires mer- cantiles , n'étaient pas d'une classe qui pût faire désirer à Waverley de se lier avec eux. L'approche de l'été et le désir de connaître l'Ecosse mieux qu'il ne pouvait le faire dans une course de quelques milles à cheval , le portèrent à demander un congé pour s'absenter pendant quelques semaines. Il résolut d'aller voir d'abord l'ancien ami et correspondant de son oncle, se réservant d'étendre ou d'abréger son séjour chez lui d'après les circonstances. Il partit à cheval, accompagné d'un seul domesti- que , et passa la première nuit d^ns une mauvaise auberge , dont l'hôtesse ne portait ni bas ni souliers; et dont l'hôte, qui se donnait deà airs d'homme comme il faut, était disposé à montrer de la grossièrçté à notre voyageur, parce que celui-ci ne l'avait pas prié de lui faire le plaisir de partager son souper (i). Le lendemain , Edouard traversa un pays tout à fait découveit , et sans einclos, et s'approcha insensiblement des montagnes du comté de Perth, qui d'abord ne lui avaient paru qu'une ligne d'azur bordant l'horizon, mais dont les masses gigantesques s'éle- vaient alors avec un air de menace et de défi au-dessus dé la contrée plus égale qui s'étendait à leurs pieds. Au bas de cette barrière majestueuse , mais encore dans les Basses-Terres ,
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demeurait CosmerComyae Bradwardine de Bradwardine; et , si l'on doit ajouter foi à la vieillesse en cheveux blancs, c^était là que sfis ancêtres avaient constamment fait leur résidence héré- ditaire depuis le règne du gracieux roi DuncaUé ^
CHAPITRE VIII.
Manoir d'Ecosse il y a soixante ans.
Ce fut vers l'heure de midi que le capitaine Waverley entra dans le village à maisons éj^^irses y on plutôt dans le hameau de Tully-Veolan , près duquel était située l'I^abitation dujseigneur. Les maisons annonçaient une misère extrême , surtout pour des yeux accoutumés à la riante propreté des chaumières anglaises. Elles étaient placées, sans égard pour la régularité, de chaque coté d'une rue non pavée, où les enfans, presque dans un état de nudité primitive, se roulaient sur la terre comme pour se faire écraser par les premiers chevaux qui viendaient à passer. Par- fois, il est vrai, lorsque cet événement semblait inévitable, quelque vieille grand' mère , qui les surveillait , avec son bonnet serré sur sa tête , sa quenouille et son fuseau , s'élançait con^me une sibylle en fureui: d'une de ces misérables huttes , s^e précipi- tait au milieu de la rue, saisissait son marmot au milieu de ses compagnons à visage brûlé par le soleil , le saluait d'un bon souf- flet, et le remportait dans sa hutte, tandis que le petit drôle à cheveux blonds répondait aux approches grondeurs de la ma- trone furieuse, par des cris aigus tirés du fond de ses poumons. Une vingtaine dé mâtins hargneux et vagabonds faisaient leur partie dans cexoncerl, ne cessant de japper, d'aboyer et de hurler, et cherchant à mordre les jambes des chevaux. On était telleinent habitué alors à ce désagrément eii Ecosse, qu'un touriste^ français, qui, comme tant d'autres voyageurs, vou- lait trouver une cause raisonnable de tout ce qu'il voyait, a con- signé , parmi les choses curieuses de la Calédonie , qu*on entre-
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O Le roi Duncan prédécesseur de Macbeth, régnait en io34. a) A Jour, «xcursioo, voyage.
WAVE RLE Y. 7 7
tient dans chaque village un relai de mâtins, appelés cotties ' ^ destinés à harceler les chevaux de poste qui sont tellement affa- mes et épuisés que, sans le secours de ce puissant stimulas, et de cette escorte qui les chasse jusqu'au relai suivant, on ne parvien- drait jamais à les faire aller d'un village à l'autre. Le mal et le remède — quel qu'il soit — existe encore aujourd'hui. Mais cet épi- sode est étranger à notre histoire ; je n'en ai parlé que pour les gens chargés de lever l'imposition mise sur les chiens, d'après le %-&'Zr^deM.I>ent.
Tandis que Waverley continuait sa route, de loin en loin un vieillard courbé sous le poids de la fatigue et des ans, les yeux affaiblis autant par l'effet delà fumée que parla vieillesse, s'avan- çait, en chancelant ,, Ters la porte de sa hutte , pour examiner le costame du voyageur , l'encolure et l'allure des chevaux, et allait "^ ensuite former \\n petit groupe avec ses voisins, pour discuter les probabilités sur la question de savoir d'où venait cet étranger et où il se rendait. Trois ou quatre jeunes filles, qui revenaient du puits ou du ruisseau, portant sur la tête leurs seaux ou leurs cruches, offraient un coup d'œil plus agréable; et avec leurs robes courtes, leur unique jupon, leurs bras, leurs jambes et leurs pieds nus , leur tête découverte , et leurs cheveux tressés, rappelaient assez bien les formes qui ornent un paysage d'Italie. Un amateur du pittoresque n'aurait rien trouvé à redire à l'élé- gance de leur costume , ou à la tournure de leur taille. Cependant, pour dire la vérité, un Anglais, à la recherche du confortable , mot particulier à sa langue , aurait désiré que leurs vêtemens fus- sent plus amples, leurs pieds et leurs jambes un peu mieux pro- tégés contre l'intempérie de l'air, et leur tête et leur teint plus à Tabri du soleil; ou peut-être eût-iL pensé encore que leurs per- sonnes et leurs habillemens auraient beaucoup gagné par ^ une application abondante d'eau de source et d'une quantité suffi- sante de savon. L'ensemble de ce tableau était triste, parce qu'il semblait aimoncer la stagnation de l'industrie , et peut-être celle de l'intelligence. La curiosité elle-même , la passion là plus forte des oisifs > semblait être dans un état d'insouciance, dans le village de Tully-Veolan ; les mâtins déjà mentionnés en don- naient seuls des preuves actives; chez les villageois elle était
fi) ' Chiens roquetft, chiens de berger. ») Bill sur le» chien*.
n KrAVBIlLBY.
pas^ivA. Ils fixaient biea les yeiuc sur 1^ j^iVie H M iM^w et sur son domestique , mais sans cet air anim4 ou ces gestes^em* pressement avec lesquels ceux qui vivent habituellement dana une aisance monotone 9 courent après les distractionis horâ de chez eux. Cependant la physionomie du peuple 9 examinée de plus près, n'avait rien qui annonçât l'indifférence de la stupidité; }es traits des visages étaient durs , mais remarquables par une expression d'intelligence ; graves » mais l'opposé de stapide»« Parmi les jeunes femmes, un artiste aurait pu aussi choisir plu» d'un modèle qui, par ses formes et son visage, ressemblait à Minerve. Les eufans, dont la peau était noircie et les cheveuiL blanchis par l'influence du soleil, avaient m air de vie, une manière pleine d'intérêt, il semblait, au total, que la pauvreté et l'in(]olence, qui n'est que trop souvent sa compare, unis* «aient leiu* influence pour dégra4er le génie naturel et les com naissances acquises de villageois , robustes , intelligéns et réfléchis.
Waverley se livrait à toutes ces pensées, en suivant à paa lents la rue raboteuse et couverte de cailloux de Tully-Yeolan, il n'était tiré de ses méditations que par les soubresauts que fai^ sait son cheval lorsqu'il était assailli par ces cosaques de la race canine, les coUies dont nous avons parlé. Le village avait plus d'un demi-mille de longueur , parce que les chaumières, placées irrégulièrement, étaient séparées par desjardûisoudes cours—» comme les appellent les habitans du pays — de différentes gran* deurs. A cette époque, car il y a soixante ans, la pomme de terre, aujourd'hui si commune, y- était inconnue; mais on y trouvait des choux gigantesques, appelés itoi/ dans le pays, entourés d'un bosquet d'orties. Gà et là, la ciguë ou le chardon national ^ ombrageaient un quart du petit enclos. Jamais le terrain inégal sur lequel le village était bâti a'avait été nivelé f dç sorte que ces enclos présentaient des inégalités de toute espècç^ s'élevant ici en terrasse, et là s'affaissant comme des ^sses de tanneur. Entre les murailles en pierre sèche qui pro- tégeaient les jardins suspendus de Tully-Veolan , ou , pour mieux dire qui semblaient les protéger^ tant les brèches étaient nom* breuses, un étroit passage conduisait au champ communal. Là,
(1) L'auteur appelle le chardon, National , parce qu'il fail pariie 4ei «rpe^ de r£«^ue.
réumsjiaiit leurs {m'vaw j 1^ villageois cultivaient du seig)« , é^ TaToiney de l'orge etde^ pois, dans des sîUons alternatifs d'une si petite étendue que, yue à quelque distance , cette surface Yariéeetpeu productive « ressembait au livre d'échantillons d'un tailleur <Ds^ quelque^ endroits pfus favorisés, on remarquait derrière les oban^àres un misérable wigwam ^ construit aTQ&de Iftttire, des cailloux et de la tourbe, où les riches du lieu pouvaient peut-être loger soit une vache mourant de faim, soît quelque cheval de rebut; mais presque toutes les huttes étaient défeQdues sur le devant par un énorme tas de tourbe noire d'un coté de la porte, et de l'autre par le fumier qui rivalisait de hauteur. . '
A une portée de trait du bout du village, on apercevait des enclos pompeusement nommés, le parc de TuUy-Yeolan; ils consistaient en certains champs carrés qu'entouraient et parta* geaient des murs en pierre , de cinq pieds de haut. Au centre dtt la barrière extérieure était la première porte de l'avenue qui s'ouvrait sous un arceau crénelé par le haut, etoméde-deuxénor* mes blocs de pierre, mutilés, et injuriés par le temps, qui, si Fou doit en croire la tradition du hameau, représentaient autre* fois ou étaient destinés a représenter deux ours rampans, sup« ports des armes de la famiUedeBradwardine. Cette avenue était droite, de moyenne grandeur, et bordée parim double rang de vieux marroiiniers alternant avec des sycomores, qui s'élevaient àuoetrile hauteur, et dont les branches étaient si touffues, qu'elles foxmaient une voûte complète au-dessus de l'avenue. Derrière qes arbres vénérables et en ligne parallèle avec eux, lignaient deux grands'murs en apparence non moins antiques , couverts de lierre, de chèvre-feuille et d'autres plantes grim^ pantes. L'avenue semblait peu fréquentée, et ne l'était guère que par des gens à pied. Aussi, comme elle était très lai^ et constamment à l'ombre, il y croissait partout un gazon formant un beau tapis de verdure , à l'exception de l'endroit , où un étroit sentier avait été pratiqué par le petit nombre de piétons qui allaient de la première porte à la seconde. Cette seconde porte , comme l'autre, s'ouvrait au milieu d'un mur orné de quelques sculptures grossières , et crénelé , par-dessus lequel on aperce- vait, à demi- cachés parles arbres de l'avenue, les toits en pente
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escarpée et les pignon^ étroits du manoir, avec des es|)èces de dentelures en escalier et des tourelles aux angles. Un des battans dç la seconde porte était ouvert ; et , comme les rayons' du soleil tombaient en plein dans la cour qui était derrière , une longue trace de lumière en jaillissait jusque sous la sombre avenue. C'était un de ces effets qu'un peintre aime à représenter, et cette clarté éclatante se fondait merveilleusement avec la lumière qui cherchait à s'ouvrir un passage entre les branches de la voûtç de verdure formée par les arbres dé l'allée.
La solitude et le calme de cette scène avaient quelque chose de monastique; et Waverley, qui avait remis son cheval à son domestique à la première porte, s'avançait avec lenteur dans l'avenue, jouissant dé la fraîcheur agréable de l'ombre > et si charmé des idées tranquilles de repos et de retraite que faisait naître ce lieu paisible, et retiré, qu'if oublia la misère et la boue du village qu'il laissait derrière lui. L'intérieur de la cour pavée correspondait parfaitement à ce qui précédait. La mai- son, qui paraissait consister en .deux ou trois corps-de-logis très hauts , très étroits et à toits escarpés , et tenant les uns aux autt^es par des angles droits, formait un des côtés de l'enclos. Elle avait été bâtie dans un temps où un château n'était plus nécessaire, mais lorsque les architectes écossais ne connaissaient pas encore Fart de distribuer une maison. Les fenêtres étaient nombreuses, et très petites. Le toit ofitait de singulières projiections appe- lées bartizans^ ^ et à chacun des angles, qui étaient en grand nombre, s'élevait mie petite tour qui ressemblait plutôt à une poivrière ^ qu'à une tourelle gothique. Lafaçi^de ne promettait pas une sécurité absolue contre une attaque. Il y avait des meur- trières pour la mousquéterie, et des étançons en fer aux fenê^ très d'en bas, sans doute pour repousser les bandes errantes d'Egyptiens ^ , ou pour des Caterans * des montagnes voisi- nes. Un autre côté de la cour était occupé par les écuries et les offices. Ces écuries étaient basses et voûtées; des fentes prati- quées dans les murs y tenaient lieu de fenêtres , et , comme l'ob- serva le valet d'Edouard, « elles ressemblaient plutôt à unepri-
(i\ Bartizans ou Bertazenne, espèce de crénaux circulaires ou en galerie, (a) Les poivrières sont, en Angletetre, de pertes fioles de forme oblongue, (:ouvertes 4'an dessus en mëtal percé de trous par lesquels on fait sortir le poivre en secounntla boutetll*. (3^ Que nous appelons Bohémiens en France. (4) Mot lociil pour désigneriez voleurs de bestiaux. Nous le retrouverons plut loin.
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son pour des assassins et des Yoleurs , ou tout antre individu jugé aux assises, qu'à un abri pour des clievaux chrétiens. » — Au- dessus de ces écuries en foi:me de cachot étaient des greniers, appelés en Ecosse gimels , et d'autres offices auxquek on avait accès par des escaliers extérieurs en maçonnerie grossière. Deux murs crénelés, dont l'un était en face de l'avenue et l'autre séparait la cour du jardin, complétaient l'enclos.
La cour avait aussi ses omemens. A un angl&était un pigeon* nier en forme de tonneau circulaire et très vaste, assez sem- blable à l'édifice curieux, appelé U Four dPArthar, qui aurait tourné la tête ^e tous les antiquaires anglais, si le respectable propriétaire ne l'avait mis à bas pour réparer le mur d'une écluse voisine ^. Ce colombier, cohmbafiam, comme le nommait M.Bradwardine, — n'était pas une médiocre ressource pour un laird écossais de ce temps-là, dont les revenus>étaient augmentés par les contributions en nature que cesfonrrageurs ailés levaient sur les fermes, et par la conscription à laquelle ils étaient sou- mis à leur tour au profit de sa table.
Dans un autre angle de la cour était une fontaine où un ours énorme en pierre dominait un large bassin dans lequel sa gueule versait l'eau. Ce chef-d'œuvre faisait l'admiration de la contrée, à dix milles à la ronde. Nous ne devons pas oublier que des ours detoutâs les façons, grands et petits, des ours entiers et des moitiés d'ours étaient sculptés sur les fenêtres et à l'extrémité; des pignons terminaient les gargouilles du toit, et supportaient les tourelles, avec cette devise : Prenez garde a l'ours! {bewar the bar/), La cour était vaste, bien pavée et très propre, parce qu'il y avait probablement une autre issue derrière les écuries pour emporter la litière de^ chevaux. Le silence profond de cette solitude n'était interrompu que par le bruit de l'eau qui tombait sans interruption dans la fontaine ; et toute cette scène conti- nuait à entretenir l'idée d'un cloître dans l'imagination de Waver- ley. Avec la permission du lecteur nous; terminerons ici ce cha- pitre consacré à la description de choses inanimées (/).
(i) Cette petite sortie d'antiquaire en favenr d'un monument curieux, détruit par Ti^no- nuice , était à remarquer pour deviner ïc véritable auteur de W«iverîey, au moyen de se» goûts el de se» opinions particulières.
CHAPITRE IX.
Encore qndqaea motft sur le ntook et ae§ ettfwmst
Apbbs avoir satMak sa cariosité en contemplant pendmt quel- ques imnates tout ce qui Fentoiiraitf WaTerley saisit l'énonne marteau de la grside porte > dont l'architrave portait la date de 1594 ; mais il eut beau frapper, aucune réponse ne lui fiit Cùte, quoique le bruit retentit au loin da^s tous les appartemens, et fût répété par l'éebo des murs '^de^ la cour derrière la maison^ effrayant les pigeons dans leur vénérable rotonde, et même les cbi^is du village plus éloigné, qui s'étaient endormis chacun sur son fumier. Fatigué du fracas qu'il faisait, et des réponses inu- tiles qu'il y recevait, Edouard commençait à croire qu'il était arrivé au château d'Orgoglio, de la même manière que lorsque le prince Arthur victtHrieux y entra.
Mais en vain le château ret^itit de Ses cris:
Nulle voix ne rèponcl a cette voix tonnante ,' Un tileocê de mbrt régne tous ces lambris, £t personne à ses yeux iei ne se présente.
Notre héros ayant presque Pespoir de rencontrer,
• Un vieillard charge d'ans, à la barbe de neige, •
qu'il pourrait interroger sur cette habitation déserte, fit un détour et s'approcha d'un petit guichet en chêne, bien garni de clous, qui était pratiqué dans le mur de la cour, à Fimgle qu'il formait avec la maison* Cette porte, malgré son apparence de fortification i n'était fermée qu'avec un loquet. Edouard le leva, et entra dans un jardin qui lui préseii^a un coup d'œil agréa- ble {m). La façade du midi f couverte d'arbres fruitiers en espa- liers et de plusieurs espèces d'arbres toujours verts, étendait son front irrégulier, mais vénérable le long d'une terrasse, partie pavée, partie sablée, et bordée en partie de fleurs et d'arbustes d'élite. Cette terrasse descendait dans le jardin proprement dit, par trois escaliers, l'un au centre et les deux autres à chaque
WÀYllILKY. êil
Êxiréaiiléé EUt était dntourée d'un paraptt â« pkrrt i?cc tmd lemie ballistrttde ornée 4e distanee en distance par fie gntw* ques figures d'ammanx accrimpis^ parmi lesquels Peurs breri se montrait plnsieurs fois. An milieu de la terrasse ^ entre un< porte latrée demiant daûs la maison et Tescalier eentral f un énorme animal de cette espèce snpporliuty are^ sa tête et ses pattes de devant, en large cadran solaire sur' la oirconférenee duquel étaient grayés plus de diagrammes que les connaissances mathématiques d'Edouard ne le mettaient à même d'en dé^ dbiifrer.
Le jardin I qm paraissait entretmio avec le plus grand soin ^ était rempli d'arbres fmitiersy et offrait une profusion de fleurs et d'arbres terts^ taillés en figures grotesqueâi. Il était disposé en plusieurs terrasses qui se succédaient de rang eii rang depuis le mur du côté de l'occident, jusqi^à un grand ruisseau dontreati paraissait douce et paisible, et qui servait de limite att jàrdiU; Mais un peu plus loin, elle franchissait avec bruit une forte ëduse, ou trop*plein, cause de sa tranquillité momentanée, et^ là, formait une cascade dominée par une serre octogone, sur le haut de laquelle était tine girouette sous la ftmne d'un ours doré. Après cet exploit, te ruisseau, prenant son cours naturel, tffÀ était rapide et tmpétueu:3t , .échappait au^t yeux dans un vallon creux et boisé. Au milieu du taillis ^ s'éteVàitune tbur màssire^à mais en mines ^ ancienne habitation deë barons dé Tdity-yèôlàfi; La rtref opposée au jardin formait une prairie ëttMté 6ii ùâ haagh * comme on l'appelait, qui était une petite pelôdSë dé lavoir; et lé tenrein!, plus en arrière, était couvert dé viettl arbres.
Quelque agréable que f&t ce Jfttfin , on ne pouvait lé coin]?à^ rer à ceux d'Alcine; — on y trouvait cependant les dttâ donzeB' teUe guffttle^ dé ce paradis enchanté; car, su* la pelouse, deux jeunes filles à jambes nues, placées ehactee dans une ^andè cuve^ frisaient avec léui'S pied* l'office d'uhe machine 5 laver, tfinventioii ttouvdle * ; elles ttê restèrent pourtant pas, comme ted nymphéa d'Aimide, pour salu^ avec la ntélèdie dé
(i) Ce mot signifie un bord de rivière ou de ruitaejiu sujet à être inonde, (a) Ariosto: les deux fillettes JafeK«e«. Mais comment rendre tout ce qu'il y • demu- sicfti dan^ fbrr»/e f
6.
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leur voix l'hôte qui s'approchait : alarmées à Taspect d'un bel étraugersur r^utre rive, elles laissèrent retomber leurs vête- mens , ou pour mieux dire , leur seul vêtement pour couvrir leurs jambes, que leur occupation mettait un peu trop en évidence : — Eh sirs * 1 s'écrièrent-elles . avec 'un accent qui tenait le milieu entre la modestie et la coquetterie ; et elles se mirent à fuir avec la rapidité du daim , de côtés différens. . Waverley commençait à désespérer de pouvoir pénétrer dans cette maison solitaire et comme enchantée, lorsqu'il vit un homme s'avancer dans une des allées du jardin où il était encore. Pensant c[ue c'était le jardimer ou quelque domestique de la maison, Edouard descendit les escaliers de la terrasse pour aller, à sa rencontre ; mais , avant d'être parvenu assez près delui pour pouyoii;^ distinguer ses traits , il fut frappé de la $ingularité de son aspect et de ses gestes. Quelquefois cet individu croisait ses mains sur sa tête comàie un Indien, dsms une attitude de pein- ture.; quelquefois se$ bras, tombant en ligne perpendiculaire , imitaient le mouvement du balancier d'une pendule , ou bien il les. croisait rapidement sur sa poitrine en se frappant sous les épaules, comme le fait un cocher de fiacre pour suppléer au dé- faut d'exercice du fouet , quand, par une belle gelée, ses.che- ]îraux restent dans l'inaction sur la place. Sa démarche n'était pas moins extraordinaire que ses gestes. Tantôt il marchait à fc;loehe-pied, avec beaucoup de persévérance, sur le pied droit , çfffiX. paissait reposer ensuite pour en faire autant du gauche ; tantôt, les rapprochant tous deux, il sautait à pieds joints. Son costume était aussi antique qu'extravagant : il avait une espèce de jaquette grise avec des manches à parèmens, qui, étant tail- ladées, laissaient apercevoir une doublure écarlate. Les autreâ parties de son costume, sans même oublier ses souliers, étaient de la même couleur, et son bonnet écarlatfs était fièrement sur- nionté d'une plume de dindon. Edouard, qu'il ne paraissait pas avoir remarqué, s'aperçut bientôt que Ifss traits de son visage confirmaient ce qu'avaient annoncé de loin son aspect et ses ges- .tes. Ce n'était. en apparence ni l'idiotisme ni la démence qui donnaient cette expression vague, égarée, et irrégulière à une
(i) Eh sirs î eh messieurs 1 cette exclamation est toute de surprise ; elle ne t'adresse pas au monsieur, IHous disons en français, dans un autre sens, oh dameJfU:,
WAVERLEY. 85
physionomie naiurellement agréable ; c^était quelque chose qui semblait nn composé des deux, un mélange de la sin^plicité de Fidiot et de Textravagance d'un cerveau fêlé J il se mit à chan- ter avec feu et non sans goût un fragment d'une vieille ballade écossaise.
Quoi I me tromper, amant volage, Dans le printemps, parmi les fleurs { Mais l'hiver me rendant plus sage, Je saurai payer tes froideurs.
Reviens, reviens à ton amie, . Reviens, reviens, et hâte-toi. Pour punir celui qui m'oublie. Un autre ainan^aura ma foi (n).
Ici, il leva les yeux, qu'il avait jusqu'alors tenus attachés sur ses pieds pour observer s'ils marquaient bien la mesure. Aper- cevant Edouard, il s'empressa d'ôter son bonnet, et témoigna par dés gestes grotesques sa surprise et son respect, en le saluant. Sans beaucoup espérer d'obtenir une réponse à aucune question raisonnable, Waverley lui demanda néanmoins si M. Bradwar- dine était chez lui, ou s'il pourrait parlera quelqu'un de ses domestiques. Ce bizarre interlocuteur lui répondit, et
■ Tous ses discours e'taient en chants ' ,
comme l'aurait fait la sorcière de Thalaba :
, Le chevalier, sur la montagne, Cherche le plaisir des chasseurs, £t sa dame dans la campagne Tresse une guirlande de fleurs. Dans le boudoir 'secret d'Hélène. La mousse couvre le; plancher. : , .
William vient lui conter sa peine,... On n& peut l'entendre marcher.
Cette chanson n'apprenait rien à Edouard , qui , répétant ses questions, reçut une réponse prononcée si vite et dans un dia- lecte si particulier, qu'il ne put saisir que le mot de sommelier, Waverley demanda donc à voir le sommelier. Cet homme alors ^ le regardant d'un air matois, lui fit un signe d'intelligence poiu* l'inviter à le suivre et se mit à danser et à cabrioler dans l'allée, en retournant sur ses pas. — a J'ai là un guide bien étarauge, »
(i) Vers cite de Southey. Voye& Tanalyse de ce poème bizarre dans le Voyage littéraire en Angleterre et en Ecosse,
S€ WÂVEIILBY.
pensa Waverlejri « et qui ne vessefluble jpàs mal aux ebumi^ butors de Shakspeare s je ne suis pas très prudent de le prendre peur pibte ; mais de plus sages que moi ont été guidés par des fous! » -^ Gependantiis arrivèrent au fond de Pailée; et là, fér sant un léger détour, ils entrèrent dans un petit parterre pro- tégé contre les vents de l'est et du nord par une haie d'ifs très serrés. Edouard y trouva un vieillard occupé à bêcher laterre, et qui avait mis son habit bas. Son extérieur laissait douter si c'était un domestique du premier rang ou un jisirdinier. Son nez rubicond et sa chemise à jabot appartenaient à un hoipme de la première des deux professions; mais son teint hâlé par le soleil , et son tablier vert, semblaient indiquer
tin second pire Adam cuUîTant ce j ardîn.
Le majordome, car c'était lui, et sans contredit le second officier de la baromtie^ et même en sa qualité de premier minis- tre de l'intérieur, il était au*dessus du bailli Macwheeble, dans son département de I^ cuisine et de la cave , — le majordome mit ^a bêche à l'écart, et passa promj)tei|ient son habit en jetant un regard de colère sur le guide d'Edouard, sans doute par<îe qn'il avait introduit un étranger pendant qu'il était occupé à ces tra- vaux pénibles et qu'il pouvait' regarder comme dérogeant à sa dignité ; après quoi il demanda à Edouard quels ordres il avait à lui donner. Waverley lui ayant dit son nom , et l'ayant informé qu'il désirait présenter ses devoirs à son maître, le vieillard prit un air de respect et d'importance : « il pouvait prendre sur sa conscience de dire que Son Honneur aurait un très grand plaisir à le voir. M. Waverley ne voudrait-il pas prendre quelques rafraîchissemens après son voyage? Son Honneur était avec les gens qui abattaient la Sorcière-Noire, et il s'était fait accompa- gner par les deux jardiniers. — Il appuya avec emphase sur le mçttdeux. — Pendant ce temps, il s'amusait lui-même à mettre en ordre le parterre de miss Rose, afin d'être à portée de rece- voir les ordres de Son Homieur , si besoin était. H aimait beau-
(i) La signification primitive^ de clown e%i paysan. Le clown des pièces de Shakspeare 4taotim paysan eonique ou bovffoB, «ivee «n melaliee de malice, d« siàiplicité et de folie» et un clown de cette espèce étant un des personnages oblige's dans beaucoup de pièces anglaises, comme le niais de nos mëlodrames, U gracioso des Espagnols, etc., le mot clown aioiMm«B «ans ttcliliivmeBt dnmmUqu; !if«iu aanny Yftttmûm db signaler t'êrigin*» histori^a des clowns.
WAVBtUnr. sr
à eet amusemeat,
— Unapeut, daiisaiicimcaB»yti»vai]lerpliuided«ii|i:joiBnlA fieiaaiBe» ajouta l'étrange eondocteor d'Edouard.
La majordome punit cVun regard sévère cette interraplioiiy et lui donnant la namdBDavi^GeUatley, loi ordonna^ dfunton (fà n'admettait point de réplique , d'aller dierclier Son Hoi^ neorà la Sorcière-Noire ^ et de lui dire qu'un gentilhomiae di| sud était arrivé an manoir.
— Ge pauvre garçon estnl capable de remettre une lettref demanda Édooard.
— Très fidèlement, monsieur , aux personnes qu'il respecte. Je me hasarderais difficilement à lui confier un long message verbal.... quoiqu'il soit plus malin que fou ^ !
Waverley remit ses lettries de créance à Gellatley , qui parut confirmer la dernière observation du sommelier, en lui CEÛsant la gdmace pendant qu'il tournait la tête d'qn autre côté , et en donnant à ses traits , le caractère et la figure grotesque que pré- sente le godet d'iine pipe d'Allemagne. Après quoi, prenant congé de Waverley avec un salut bizarre, il pa^rtit en dansant pour faire sa commission.
— C^est un innocent, monsieur, ^t le sommelier : il y en a dans presque toutes les villes du pays; mais le nôtre est en gl-ande faveur ^ . il travaillait comme un autre et assez bien; mais il secourut à propoé miss Rose , poursuivie par le nouveau taureau anglais dnlaird de Killanciireit, et depuis ce temps-là nous l'appelons Davie Do-little ^ , et ma foi nous pourrions tout aussi bien l'appeler Davie Do*nothing ^, car depuis qt^il a revêtu cet élégant habit pour amuser Son Honneur et ma jeune mattresse (lesrijcfaes ont leurs caprices!) , il ne fait autre chose qae de parcourir en dansant tous les coins et recoins de la viRe^ sans autre peine que dé tenir en bon état, là ligne du laird, d'y
(i) Mon hoff tkan fo^lf bm»f sigaifi* «»*fi fifij rn^i, CVt .dw* ^ whiti^ ffnf ^e le» nk^m dli^ent des «In^es qu*Hf supposeï^ être doués 4e h parole > «^^ioge j^ut ^ ifut ««g^re ; lui pas parler pour pa« fravùHer, ^ Vqj9» le ch«pitre %Xh
(s) Brought/mr ben s iofiation tante tteostmie. Le nkm a èti ndmii « mw grmniÊ âHmiié, Ben signifiant littéralement la partie intérieure de- la maisM^ |«e MWipi.âipr ^ nn ]ieu jaloux de la f^néçure du clown, ^
(3) Davie Fait peu ^ choig^ (4} 'Ppivie Fait n'fn..
86 WAVERLEY.
mettre Famoree» et peat^tre de. temps en temps de pèeher lui- même un plat de truites. Mais voici miss Rose : et je me rends caution pour elle qu'elle sera charmée de voir quelqu'un de la famille de Waverley, dans la maison de son père à TuUy- Yeolan.
Mais Rose Bradwardine a droit à trop d'égards de la part de son indigne historien, pour qu'il l'introduise à la fin d'un cha- pitre.
En attendant 9 nous ferons observer au lecteur que Waverley avait appris 9 dans ce colloque, qu'^i Ecosse une maison seule était appelée une ville S etmi fou naturel^ un innocent {p). *
CHAPITRE X.
Rose Bradwardine et son père.
Miss Rose Bradwardine n'avait que dix-sept ans. Cependant, aux dernières courses de chevaux de la ville de ^^^^y 3a santé ayant été proposée, avec celle d'autres beautés, le |aird de Bumperquaigh, ^ porteur de santé , et croupier perpétuel du club de Beautherwhillery, ne dit pas seulement encore / ^ à cette proposition en vidant un verre contenant une pinte de Bor- deaux, mais avant de verser la libation, il appela la divinité à qui s! adressait cet hommage , La Rose de TvJbf'Veolan, ^ Dans cette séance joyeuse, trois acclamations furent poussées par tous ceux des membres présens de cette respectable société à qui le vin avait laissé la force d'élever la voix. Bien plus, on m'a assuré que ceux qui s'étaient endormis applaudirent en ron<
(\) À To»n.
(s) Nou» apprendrons tout à l'heure aussi ce que c'est que la Sorcière noir» dont il est question dans ce chapitre. Dans le baron de Bradwardine, l'auteur a peint le lord Fbrbes de PiUli{];e$ l'original de Davie Gellatley est un nommé Joë'Cray deCilmanscleug, que plusieurs personnes se rappellent avoir vu ches sir Walter Scott lorsqu'il résidait à Ashestoil,
(3) Mot à mot, coupe pleine ,
(4) Il y a dans le texte more (plus), que nous avons traduit par encore j mot Français que la langue angl^se a conservé, mais qui s'emploie particulièrement au théâtre pourvu.
(5) Ce qui obligeait les convives à boire aatant de fois qu'il y avait de lettres dans les noms.
WAVERLEY. 89
fiant, et que^- quoique grâees à de fortes libations et à defaibles cerveaux, deux ou trois buveurs fassent étendus sur le plancher, ceux-là même, déchus comme ils l'étaient de leur haut rang, et se vautrant, — je ne pousserai pas plus loin la parodie, — firent entendre quelques sons inarticulés, pour exprimer leur assenti- ment.
Des applaudissemens si unanimes ne pouvaient être arrachés qiie par un mérite reconnu; non-seulement Miss Rose en était digne, mais elle méritait le suffrage de personnes beaucoup plus raisonnables que celles qu'aurait pu fournir le club de Beauther- whîUery, même ayant la discussion du premier magnum. ^ C'était en effet une très jolie fille en fait de beauté écossaise, c'est-à-dire, avec une abondance de cheveux or-pâle, et la peau blanche comme la neige de ses montagnes. Cependant son vi- sage n'était ni pâle ni mélancolique; sa physionomie, comme son caractère avait une expression de vivacité ; son teint, sans être très fleuri, était si pur qu'il semblait transparent, et l'émotion la plus légère appelait la rougeur sur son visage et son cou. Sa taille, quoique au-dessous de la moyenne, était remarquable par son élégance, et tous ses mouvemens étaient pleins de légèreté, d'aisance et de grâce. EUe vint d'un autre côté du jardin pour recevoir le capitaine Waverley, qu'elle aborda d'une manière qui tenait le milieu entre la timidité et la politesse.
Après les premiers complimens, elle apprit à Edouard que la Sorcière noirs , qui l'avait un peu embarrassé dans le compte que le sommelier lui avait rendu de l'occupation actuelle de son maître, n'avait ni chat noir, ni manche à balai, mais' que c'était tout simplement une portion d'un taillis de chênes qu'on devait couper ce jour-là. EUe lui offrit poliment, mais avec une soite de retenue timide, de le conduire à cet endroit , qui, à ce qu'il paraît, n'était pas très éloigné; mais ils furent prévenus par l'arrivée du baron deBradwardine en personne, qui, averti par Davie Gellatley, et .
■ Toat occupé de soins hospitaliers a, a
accourait à grands pas avec une vitesse qui rappela à Edouard les bottes de sept lieues du conte des fées. C'était un homme de
(i) On appelle magnum^ magnum bonum ou Scotch pinl^ pinle écossaise, une bouteille contenant quatre pintes de vin. C'est un terme de l'argot des buveurs. ' (s) Hémistiche cité de Milton.
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grjiiute taille» nuôgre» taillé en atbiètet AY^mé W âge^i; qF99t les dieveux J^lancs, xnais dont tous les la^le^^ grâee à im ^xmr- cice constant, avaient conservé la force d'une perde à fpuet, jSon costume ét^t négligé, et semblait appartenir à un Français pliir tôt qu'à un Anglais de cette époque. A fies traits dors, à sa taille droite et raide, on l'aurait pris pour un officier des Gent-Suissea» qui, ayant vécu quelque temps à Paris, aiurait copié leco^Uifne, mais non l'aisapce ou les manières des habitans de <^tte ville. La vérité était que son laDgage et ses habitudes étaient aussi étranges que son extérieur.
D'après le goût qu'il avait montré pour l'étude, ou peut-être par un systèine d^ éducation généralement adopté enEcosseponr les jeunes gens de qualité, on l'avait destiné au barreau; mais les principes politiques de sa famille ne lui permettant pas d'es- pérer de pouvoir s'élever dans cette profisssion, M. Bradwardioa avait voyagé plusieurs années avec beaucoup de réputation, et avait même fait plusieurs campagnes au service d'une puissance étrangère. Après son démêlé avec les tribunaux, en 1715, pour crime de haute trahison,. il avait vécu dans la retraite, se boi> nant presque entièrement à vpir ceux de ses voisins dont les principes étaient les'mênies que les siens. Cette alliance de la pédanterie du légiste et de la fierté militaire du guerrier, pouna rappeler à plus d'un membre zélé de la garde volontaire de nos jours, le temps où la robe de nos avocats était souv^it endossée par-dessus un brillant uniforme^ . Ajouter à cela lespréjugés puisés dans l'ancienneté de sa famille et dans ses opinions politiques, qui tiraient une nouvelle force de l'habitude de l'autorité dont il était investi dans sa solitude; car, quoiqu'il ne l'exerçftt que dans les limites de ses domaines à demi cultivés, elle y était in- ccmtestable et incontestée. Aussi avait-il coutume de dire qae les terres de Bradwardine, de Tully-Yeolan et autres, avaient été érigées &a. baronie franche par une charte de David I, cutn Uberali potestate habendi curias eCjusùicias, cum/àsÉâ e^Juroâ, et saka et soka, et thol et theam, et iii/ang'tkiê/et outfang^thiej , mehand'habend, sivè bak-barandf ^ — mots cabalistiques dont
/
(i) Alltulon à Tépoque où l'Anglelerre te croyait menacée d'une invasion de la France. Nous verrons le laird de Menkbaros (rAntimiaire) payer de sa perfoone dans inte dç ces occasions.
(^ Droit de haute et basse justice , de ge^le, de' pilori.
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peu de l^^^somifitt pwvaieat eiqpliquer le «ans paftiadier, mais qui agoifiaient» en somme, que le baron de Bradwardine pott- ^aity fia cas de diélit, emprisonner, juger et foire exécuter ses YassaiOLy sdon son bon plaisir. Comme Jac<pies ^ cependant, ce- lai qui jouissait alors de ce ponyoir» aimait mieux parler de sa prérogative qu'en faire usage. Excepté Pemprisonnemenf de den^ brai^onniers dans le cachot de la vieille tour de TuUy-Veo« lan, où ils furent cruellement ef&rayés par les reveniois et pres- que dévoilés par les rats, et la mise an Jougs (ou pilori écossais) d'un^ vieille femme qui s'était permis de dire que Oetiatley n'é- tait; pas le seul fou qu'il y eût dans la maison du laird, je ne sa- che pas que le baron eût jamais été acousé d'abuser de ses grands pouvoirs» Cependant l'idée d'en être investi donnait une nou- velle importance à ses discours et à ses manières.
Alafaom doiU il accueillit Waverley, on s'aperçut que le plaisir sincère qu'il éprouvait en voyant le neveu de son ami avait un peu troublé la dignité raide et empesée du baron de Bradwardine; car les larmes vinrent aux yeux du vieillard,.lors- que, ayant d'abord serré cordialement la main d'Edouard à la manière anglaise, il l'embrassa à la viodé française^ tmdis que l'étreinte dé sa ipain et le nuage de tabac d'Ecosse que fit voler son accolade rendaient ég^ment humides les yeuK de son h&te. Sur l'honneur d'un gmtilhomme ! je rajeunis en vous voyant ici. M/ Wava:*!^. Je reconnais en vous un digne rejeton de l'an- tique souche de Waveriey-Honour ; Spes alUraX comme dit Ma- ron ^ Et vous lavez un air de fomille, capitaine Waveriey, pas encore aussi imposant que mon vieil ami sir Everard, — mais cela vîendm avec U temps, comme le disait une de mes eoimais- sances de Hollande, le baron Kikkitbroeck ; en parlant de la sa' gesse de madame son épouse. ■. — Vous avez donc pris la cocarde? — C'est bien, très bien; — j'aurais poVu^ant voulu qu'elle fût d'une autre couleur, e^ j'aurai^ cru que mon ami sir Everard aurait pensé de mên^e, mais n'en parlons plus ; je suis vieux et les temps sont changés ! — Et comment se porte le digne che- valier baronnet et la belle Miss Ra^chel ? — Vous ries, jeone homme ! Oui , (î'était la belle Afiss Racfael, l'an de grâce 17 16 ;
(i^ yirgilius Maro. Ce second nom de Virgile n'est guère d'usage dans nos écoles; les Anglais s'en servent qiielquefois pour désigner le poêle de Mantoue. lit appellent de méiy Ovîd», Nmso,
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mais le teint>s s'écoule et singula pmdantar anni; e'est une vé- rité incontestable. Je vous le répète, voua êtes le bienvenu, le très bienvenu dans ma pauvre demeure de Tully-Veolan. — Ma chère Rose, cours à la maison, et veille à ce qu'Alexandre Saun- derson nous donne de ce vieux vin de Château-Margot que j'ex- pédiai de Bordeaux à Dundee en 1713.
Rose s'éloigna d'un pas presque grave , jusqu'à ce qu'elle eût tourné le coin de la première allée, et courut ensuite avec la lé- gèreté d'une fée, afin de pouvoir, après s'être acquittée de la commission de son père , songer à sa toilette , et mettre en évi- dence tous ses petits atours ; occupation pour laquelle l'ap- proche du dîner ne lui laissait que fort peu de temps.
— Capitaine^ dit le baron, vous ne trouverez point ici le luxe